‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 193 sur 332 · DÉBU"'S DU NOUVEAU RÈGNE · texte numérisé non relu

DÉBU"'S DU NOUVEAU RÈGNE

tentes très préjudiciables à la bonne marche des affaires.

Quant au jeune souverain, il partageait les idées de son confident et manifestait la volonté d’inaugurer un régime nouveau; dans la proclamation adressée à ses sujets de la Grande-Brets 3ne, il avait inséré, de son propre chef (1), des mots sur la portée desquels il était impossible de se méprendre : « Né et élevé dans ce pays, je suis fier du nom de la Grande-Bretagne (2). Le principal bonheur de mon existence sera de contribuer à la prospérité d’un peuple dont l’attachement loyal et la chaude affection sont à mes yeux l'appui le plus fort et le plus durable de mon trône. »

Malgré le prolongement d'existence du ministère, Newcastle s’agite, il est inquiet, il ne se sent pas les coudées franches, il soupçonne Pitt et Bute de seconcerteren arrière de lui. Ce dernier tient, à propos des intentions royales, un langage étrange : « Le Roi désire que pour le moment tout se passe comme du temps de son grand-père et jusqu'à la nomination des nouveaux fonctionnaires de la cour qui

aura lieu après un délai de 6 mois. Quand les désignations

nouvelles auront été faites, le Roi décidera alors quels personnages il appellera à faire partie de son conseil de cabinet. 11 faut donc se concerter, ajoute Newcastle (3) qui rapporte le propos de Bute, à un nouveau cabinet et à des changements tous les jours... Quant à moi, je suis le zéro le plus insignifiant qui ait jamais paru à la cour. Le jeune roi est à peine poli pour moi, il ne me parle de rien, et ne me répond guère quand je l’entretiens de mes affaires de finance. »

Peu à peu la mauvaise humeur du vieux politicien

(1) Bute à Newcastle, 15 novembre 1760. Newcastle Papers.

(2) Dans le texte anglais « Britain ». Quelques versions disent « Briton », citoyen de la Grande-Bretagne. Voir Political history of England, vol. X, by Hunt, p. 12. |

(3) Newcastle à Hardwicke, 7 novembre 1760. Newcastle Papers.

augmente; il accuse (1) Bute et Pitt d'essayer de lui nuire « non per astutias sed per aperta mendacia ». De son côté, Pitt se plaint de la réserve de Georges III avec lequel il n'a de rapports ni directs ni indirects : « Autrefois, Milord, dit-il à Newcastle, si je n'avais pas l’occasion de voir le Roi, vous me disiez que vous répondriez de son consentement, et cela me suffisait; j'étais satisfait. Où voulez-vous que je trouve cette satisfaction aujourd’hui? » Les mois de décembre 1760, de janvier et février 1761, se passèrent en conversations et conférences auxquei, ?s participèrent, en outre des principaux intéressés, Hardwicke et le comte Viry, ministre du roi de Sardaigne. Ce diplomate, accrédité depuis longtemps à la cour de Saint-James, en relations intimes avec la plupart des personnages politiques de l'Angleterre, prenait volontiers le rôle de négociateur entre les coteries rivales et s’acquittait avec habileté et souvent avec succès d'une besogne pour laquelle il avait beaucoup de goût.

En attendant la reconstitution du cabinet qui ne s’effectua qu’au mois d'avril, les ministres en exercice, Pitt tout le premier, réfléchissaient aux moyens de mettre fin à une guerre dont les résultats avaient été brillants, mais qui ne laissait pas d’être fort onéreuse pour les finances nationales. L'opinion, encore très favorable aux entreprises maritimes et coloniales, dont elle appréciait les avantages immédiats, commençait à se fatiguer des interminables campagnes de l'Allemagne; la confiance dans le prince Ferdinand avait baissé considérablement depuis la prise de Cassel et l'échec de Clostercamp; quant au roi Frédéric, dont la popularité avait aussi décliné, on se demandait si la limite des sacrifices jusqu'alors si libéralement consentis, ne serait pas bientôt atteinte. « Le roi de Prusse, écrivait Chesterfield (2), n'abandonnera pas de bon gré un

(1) Newcastle à Hardwicke, 3 décembre 1760. Newcastle Papers. (2) Chesterfield à Newcastle, 30 novembre 1760. Newcastle Papers.

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