‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 194 sur 332 · LETTRE DE FRÉDÉRIC A PITT · texte numérisé non relu

LETTRE DE FRÉDÉRIC A PITT

acre du territoire qu'il possédait avant la guerre, mais peut-il équitablement s'attendre à ce que nous nous ruinions totalement pour lui conserver quelques bailliages ? Quand nous en viendrons là, nous aurons raison d'exiger qu'il fasse Les concessions que l’état de ses affaires et des nôtres rendra nécessaires. »

Certes, comme Chesterfield le pensait, Frédéric était bien résolu à ne rien céder de ses possessions, mais sous le bénéfice de cette réserve, il était partisan convaincu de la paix européenne. Peu de jours après sa victoire de Torgau et à l’occasion de la mort de Georges II, il avait manifesté à Pitt sa manière de voir (1) : « Je mets ma confiance en vous, Monsieur, et dans ce caractère d’un vrai Romain dont vous avez donné des marques si éclatantes durant votre ministère... Nous avons eu des succès d’un côté, mais à parler franchement, ils ont été contrebalancés par des événements favorables à nos ennemis. Leur nombre nous est trop supérieur pour que nous puissions nous flatter de pouvoir remporter sur eux des avantages décisifs.. Vous êtes peut-être le seul homme en Europe qui, par vos sages mesures, pourrez trouver un tempérament propre à finir d'une manière glorieuse une guerre ruineuse et funeste à toutes les parties belligérantes également. Je le répète, je mets toute ma confiance en vous. » Cet appel aussi direct que flatteur embarrassa fort notre homme d’État; il s’en ouvrit à Newcastle que malgré leurs dissentiments, il consultait volontiers dans les grandes occasions. Après des hésitations qui durèrent plus d’un jour, il s'était décidé à confier la lettre à Bute pour qu'illa montrât au Roi. Bute la lui avait rendue avec le commentaire banal que les déclarations du roi de Prusse avaient un caractère bien général. Peu satisfait de cette réponse énigmatique, Pitt avait cher-

(1) Frédéric à Pitt, Meissen, 7 novembre 1760, Correspondance Polilique, XX, p. 63.

ché auprès de Knyphausen des informations précises sur les conditions de paix que son maitre accepterait. « M. Pitt a dit, raconte Newcastle (1), si je l'ai bien compris, qu’il y avait trois points sur lesquels il désirait connaitre la pensée du roi de Prusse : 1° en ce qui regarde une déclaration générale de notre désir de paix qui serait adressée à tous les belligérants ; 2° si le roi de Prusse était prêt à un sacrifice pour détacher la Russie de l'alliance; et 3° si le roi de Prusse était renseigné sur les dispositions de la France à l'égard d’un arrangement et si S. M. Prussienne consentirait ou désirerait que nous fissions notre paix séparée avec la France, question que M. Pitt avait toujours regardée comme indépendante des affaires du continert. M. Pitt a abordé avec plus de précision que jamais l examen des conditions de paix avec la France. Il a posé pour point de départ que nous devions faire des concessions importantes, tout en gardant beaucoup : pour nous. 1l a formulé ses propositions comme suit : conserver le Canada, le Cap Breton, exclure les Français de la pêche de Terre-Neuve et leur rendre la Guadeloupe et Gorée, ou garder ces deux colonies, retirer le droit de pêche et rendre une partie du Canada et nous contenter des limites des lacs. » Newcastle s'était tenu sur la réserve et s'était borné à faire remarquer qu'il serait très difficile d’arracher aux Français l'abandon de leurs droits de pêche. En répondant à la lettre de son ami, Hardwicke souligne (2) avec quelque méchanceté les compliments de Frédéric à l’adresse de Pitt : « Knyphausen lui aura dit que nous aimons un plat de ce genre et que le prince Ferdinand a gagné à se servir du procédé. »

Peu de jours après, Pitt eut avec les ministres prussiens Knyphausen et Michel une conversation dont le ré-

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(1) Newcastle à Hardwicke, 3 décembre 1760. Lettre déjà citée. (2) Hardwicke à Newcastle, 4 décembre 1760. Newcastle Papers.

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