NÉGOCIATION AVEC FRÉDÉRIC
sumé (1) fut expédié à Frédéric. On s'était mis d'accord sur les points suivants : 1° Renouvellement de la déclaration pacifique du 19 novembre 1759; 2° démarches à faire de concert à Pétersbourg « tendant à un dédommagement pécuniaire », ce qui n'empêcherait pas « de tâter le poulx à la cour de Vienne et à celle de Saxe ». La clause relative aux négociations avec la France était rédigée en termes bien définis : « 3° Qu’une paix particulière entre l'Angleterre et la France se trouvât praticable, de manière que la guerre d'Allemagne pût changer par là de nature à l'avantage de V. M. On voudrait savoir avec précision à quelles conditions, Sire, vous désireriez un pareil arrangement et quels secours pécuniaires, y compris le subside actuel, pourraient vous suffire, pour vous aider à entretenir les troupes allemandes qui pourraient passer à votre solde. »
Le courrier portant le précis de la conférence de Pitt ct des envoyés prussiens se croisa avec une lettre de Frédéric(2) qui répondait d'avance au: suggestions de Londres. Pour arriver à une paix générale, il fallait diviser les alliés et rompre leur union; dans ce but, il avait fait verser des sommes considérables en Suède pour agir dans la Diète contre le parti français; en Russie, il avait fait offrir un million au favori Schuwalow pour le gagner à la cause anglo-prussienne. En France, il n'avait pas de crédit auprès des puissants du jour; le Dauphin, la Pompadour et Choiseul étaient hostiles à sa personne; aussi croyait-il que l'Angleterre devrait entamer directement les pourparlers par la voie de la Haye pour une paix particulière à laquelle il ne ferait aucune opposition, se reposant «sur les assurances que le roi d'Angleterre a bien voulu me
(1) Précis de la dépêche des ministres de Prusse, 12 décembre 1760. Newcastle Papers.
(2) Frédéric à Knyphausen, Leipzig, 19 décembre 1760. Correspondance Polilique, XX, p. 156.
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donner de ne point m’abandonner, même de m'assister de ses troupes allemandes ». Après réception de cette lettre, Knyphausen et son collègue se considérèrent comme autorisés à accepter l'ouverture immédiate d’une négociation avec la France. Restait cependünt à déterminer la nature et l'étendue des secours au maintien desquels Frédéric subordonnait son acquiescement à un arrangement entre l'Angleterre et la France. Une dépêche du Roi (1) élucida la question : 11 se prèterait volontiers aux vues de l'Angleterre : « Quant aux conditions que l’Angleterre pourrait stipuler pour mes intérêts, elles pourraient contenir : 1° que les Français évacueraient toutes mes possessions de nt ils sont nantis, qu’ils se borneraient scrupuleusement à leurs corps de 24.000 hommes qu'ils doivent fournir selon leur alliance et qu’ils ne paieraient plus de subsides ni aux Russes, ni en Suède, ni aux princes de l'Empire pour me faire la guerre. Si avec cela le roi d'Angleterre veut bien s'engager à me fournir ses troupes allemandes, bien loin de regarder cette paix séparée avec la France comme un abandon, je la regarderai comme le plus grand service qu’il pourra me rendre, parce que certainement la guerre ne tardera pas de finir et la cour de Vienne privée d’un auss' puissant appui, sera obligée de se prêter à la paix. »
Cette réponse, ou iout au moins le passage relatif aux troupes allemandes au service anglais, ne cadrait pas avec les idées de Pitt; celui-ci ne voulait se lier qu'au point de vue financier et fit écrire par Holdernesse (2) dans ce sens à Mitchell qui, après une longue séparation, avait repris ses fonctions auprès du roi de Prusse à Leipzig. La tâche de l’envoyé était d'autant plus délicate que Mitchell connaissait les sentiments de Frédéric et dans une certaine
(1) Frédéric à Knyphausen, Leipzig, 28 décembre 1760, lorrespondance Polilique, XX, p. 167.
(2) Holdernesse à Mitchell, 16 janvier 1761. Record Office.