‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 332 · FRÉDÉRIC REVIENT SUR DRESDE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC REVIENT SUR DRESDE

chemin sur la Silésie, en suivant Daun. Il me faut faire demain ici un jour de repos pour les troupes et pour faire différents arrangements très nécessaires; mais je compte d’être le 10 en Silésie, aux environs de Siegersdorf, où je réglerai mes démarches en conséquence des circonstances que je trouverai devant moi. » Au cours de ces opérations dans lesquelles Lascy déploya beaucoup d’habileté et ne donna pas prise aux Prussiens, Frédéric poussa des reconnaissances avec une imprudence qui faillit lui coûter cher; il n’échappa aux cavaliers autrichiens que grâce à la présence d'esprit et au courage d’un de ses pages. Le 8 juillet, changement de dispositions ; il abandonne l’idée de la course en Silésie où Daun l'avait devancé et informe Hülsen (1) de sa résolution de faire « table rase » en Saxe avant de gagner la Silésie; à cet effet, il lui intime l’ordre de lui envoyer les pontons pour la traversée de l’Elbe et de se porter lui-même vers Kesselsdorf avec les canons et mortiers de siège. Conformément à son nouveau plan, Frédéric quitta, dans la nuit du 8 au 9, les parages de Bautzen, ne réussit pas à entamer Lascy, mais l'obligea à passer sur la rive gauche de l’Elbe, poursuivit sa route sur Dresde et franchit à son tour Le fleuve. À son approche, et sur l'avis que les Prussiens venaient de jeter un pont en aval de Dresde, Lascy et le duc de Deux-Ponts avaient évacué le camp retranché de Plauen, et s'étaient retirés du côté de Pirna. Le même jour, le 13, Dresde fut investi par les Prussiens, le prince d'Holstein avec une division sur la rive droite de l’Elbe, le gros des forces royales sur la rive gauche.

Entre temps, l'armée autrichienne avait continué son mouvement et était arrivée Le 10 sur la Queiss, aux envirens de Naumburg et de la frontière de la Silésie. Ce

(1) Frédéric à Hülsen, Nieder Gierka, 8 juillet 1760. Corresp. Polil., XIX, p. 483.

fut là qu’elle fut rejointe par notre vieille connaissance Montazet. Avant de rallier le quartier général, le Français avait fai un court séjour à Vienne où il avait vu l’Impératrice-Reine et le chancelier. Kaunitz attendait « de grandes choses » des Russes; mais Montazet était à cet égard fort sceptique : « J'avoue que je le désire beaucoup plus que je ne m'en flatte et que je serai bien aise de voir M. de Fermor rappelé. »

Bien qu'il eût été vite informé du retour de Frédéric en Saxe, Daun ne le suivit qu'après quelques heures de réflexion. Tout d’abord, il pensa que les corps alliés réunis autour de Dresde seraient assez forts pour tenir tic au Roi et pour empêcher le siège de la ville, mais quand il apprit (1) l'abandon du camp de Plauen et la retraite de Deux-Ponts, la peur de malheurs « qu’on ne devait pas craindre naturellement, mais qu’il est sage cependant de prévenir », le décida à rebrousser chemin et à courir au secours de la capitale. Cependant, on n'’estimait pas qu'elle fût exposée à une attaque : « Je ne saurais penser, écrit Montazet, que le Roi ait envie de faire le siège de Dresden; je le crois trop homme de guerre pour se flatter de le prendre dès que nous voudrons y marcher, mais je lui soupçonne le désir de nous combattre ou de nous donner un croc-en-jambe pour regagner avant nous la Silésie. »

Malgré ses trois années de campagne contre les Prussiens, Montazet ne se faisait pas encore une conception juste de la har”'iesse de leur souverain. Quand les têtes de colonnes autrichiennes débouchèrent le 17 juillet au soir à Weissig, dans la banlieue de Dresde, elles trouvèrent l'investissement complet et les travaux de siège en pleine activité. Aussitôt parvenu sous les murs de Dresde, le Roi avait fait somimner la place : le général Macguire, dont la

(1) Montazet à Choiseul, Ottendorf, 14 juillet 1760. AM. Étrangères, Autriche.

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