‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 202 sur 332 · GRIEFS ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

GRIEFS ESPAGNOLS

peut paraitre raisonnable : « Mais elle est tout le contraire si l'on réfléchit qu'avant l'ouverture des pourparlers, l'Angleterre pose des principes que l'Espagne ne pourra jamais consentir, soit que les Anglais continueront leur exploitation des bois et qu'on ne démolira pas leurs établissements, alors qu'on reconnait qu'ils ont été créés sur un territoire étranger et partant par voie d’usurpation.. Ne serait-il pas plus juste et plus rationnel de commencer par réparer le dommage causé et avoué en évacuant les postes et en défendant d'en créer de nouveaux comme le demande l'Espagne ? puis de déterminer, dans une conversation amicale, le moyen de permettre aux Anglais de se procurer les bois qui leur sont nécessaires pour leur industrie et aux Espagnols de chercher la morue qu'il leur faut pour leurs jours de maigre? » Ceci pour le fond des arguments de Pitt; quant à sa prose, Wall affirmait n'avoir pas voulu la mettre sous les yeux du Roi de peur d’envenimer le débat : «IL est donc temps encore d'envoyer une réponse (au mémoire de Fuentes); S. M. Britannique aura donc le loisir de prendre une détermination qui mettra nos affaires sous un meilleur jour. » Cette impression sur le manque detact du gouvernement anglais, Wall la reproduit dans un entretien (1) avec Bristol : « Il n'avait aucun désir de voir l’Espagne en guerre avec l'Angleterre; mais la cour de Londres paraissait faire son possible pour y arriver. »

Peu à peu, grâce à l'intimité croissante des deux branches de la famille de Bourbon, la querelle qui couvait entre l'Angleterre et l'Espagne, et dont nous venons de passer en revue les phases récentes, allait être soutenue par la France et se trouver mêlée aux négociations de l'été de 1761. Mais avant d'aborder ce sujet, il est indispensable d'étudier l’état des relations entre la France et l'Espagne au printemps de la même année, et pour cela, il nous faut

(t) Bristol à Pitt, Madrid, 28 janvier 1761. Record Office.

prendre connaissance des conversations diplomatiques qui aboutirent au pacte de famille et à ses conséquences, Au cours des pourparlers de la Haye, qui avaient été engagés dans les premiers mois de 1760, le cabinet français avait suggéré la médiation de l'Espagne pour terminer la guerre entre la France et l'Angleterre, Cette idée, fort mal accueillie par la cour de Saint-James et surtout par Pitt, fut reprise par Fuentes et fit l'objet d'un débat (1) avec le ministre britannique. Ce dernier avait repoussé l'ouverture, S. M. Catholique étant « absolument partiale pour la France »; mais il n’en serait pas de même s’il s'agissait de la paix générale, pour faciliter laquelle on accepterait volontiers les bons offices de l'Espagne. Choiseul, qui avait prévu l'échec, avait espéré un ment que le roi Don Carlos assumerait une attitude énergique vis-à-vis du cabinet anglais ; il prescrit à l'ambassadeur Ossun de profiter du pied d'intimité sur lequel ilétaitauprès du monarque pour sonder ses dispositions réelles. Afin de lui préparer la besogne il lui expose les principes qui doivent guider la politique francaise (2) : « Nous attendons quelsera le résultat de votre audience; je ne crois pas qu’elle puisse rien changer au système immuable de l'Espagne de ne point se mêler dans la guerre et d’être fort peu utile à la paix. Il y a longtemps et très longtemps que j'ai prévu ce dénouement à toutes les avances que le Roi par inclination a faites au roi son cousin; mais quoi qu'il en soit, quelque peu de secours que l’on nous donne, l'intention du Roi, et je l'y maintiendrai tant que j'aurai l'honneur d’être son ministre, est d’avoir pour principe invariable de politique d’être uni avec la couronne d'Espagne; je pousse ce principe si loin que je crois qu’il ne faudrait pas s’en départir quand même (ce qui est impossible) l'Espagne ferait

(1) Récit de Wall. Ossun à Choiseul, 4 juillet 1760. Affaires Étrangères. (2) Choiseul à Ossun, 2 juin 1760. Affaires Étrangères, vol. 574,

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