AVANCES DE CHOISEUL A L'ESPAGNE
la guerre à la France. Il n’y aura de grandeur dans la maison de France, de gloire, de vraie sûreté et de vraie tranquillité que lorsque les deux couronnes ne cesseront d'avoir pour guides de leur conduite le système nécessaire à leur grandeur; ainsi, Monsieur, les ministres d'Espagne qui nous sont contraires passeront, mais la vérité de l'intérêt des monarchies ne passera pas. »
Il n'y avait pas de doute à avoir sur les sentiments du roi Don Carlos; car il ne perdait pas une occasion de manifester sa sympathie pour la France. C'est ainsi qu'à la nouvelle de la victoire de Sainte-Foy sous les murs de Québec, il avait dit à Ossun : «Les Français ont enfin battu les Anglais; je ne les reconnaissais plus, mais j'espérais toujours qu'ils reprendraient leur supériorité ordinaire. » Un autre jour, à l'ambassadeur qui l’'engageait à faire des préparatifs de guerre contre les Anglais, le Roi répéta (1) plusieurs fois : « Laissez-moi faire tout à la sourdine, je les mettrai à la raison. » Ce langage, si satisfaisant qu'il fût, ne faisait pas l'affaire de Choiseul qui aurait voulu voir l’action se substituer à la sarole. 1] se méfie de l'Espagne qui, tout en professant pour la France une grande amitié, ne cherche qu’à pousser ses propres intérêts. Vous « devez en conséquence, Monsieur, écrit-il à Ossun (2) continuer d’avoir l’air de la confiance la plus entière et de vous renfermer dans les bornes de la plus grande circonspection sur tout ce qui peut avoir rapport à la paix et aux moyens de la faire ».
Cette réserve fut d'autant plus facile à garder que la maladie et la mort de la Reine interrompirent le cours des audiences royales. Le 19 septembre, la princesse était au plus mal. « Le Roi a priscongéde sa digne compagne, écrit Ossun (3), ilest décidé qu'il ne la verra plus. » L'agonie dura
(1) Ossun à Choiïseul, 17 juillet 1760. Affaires Étrangères.
(2) Choiseul à Ossun, 19 août 1760. Affaires Etrangères. (8) Ossun à Choiseul, 19 septembre 1760. Affaires Etrangères.
encore huit jours et quoique la pauvre malade, qui avait toute sa connaissance, exprimât le désir de revoir son épcax, l’impitoyable étiquette espagnole, par l'organe du grand sommelier, le duc de Losada, interdit une suprème entrevue.
La reine défunte, Amélie de Saxe, sœur de la Dauphine, avait exercé une influence considérable sur l'esprit de son mari et partant sur les relations extérieures. Lord Bristol ia dépeint comme dévouée à la cause française et l’accuse d'avoir inspiré la communication des mémoires espagnols à la cour de Versailles, procédé qui avait si fort déplu à Londres; Ossun affirme, au contraire, qu’elle était d'accord avec Wall pour donner des conseils de timidité et d'atermoiement. LaReine était à peine morte que la diplomatie européenne se mit en tête de remarier son époux. Choiseul passe en revue (1) les candidates ; en première ligne, une princesse française. Il cite les propres expressions de Louis XV : « Je désirerais que le roi d'Espagne me demande amicalement une de mes filles, mais il ne me convient pas de jeter mes filles à la iète de personne. » S'il ne voulait pas d’une Française, « le mieux serait qu'il ne se remariât pas du tout. Une archiduchesse dans la circonstance actuelle pourraïit nous être utile, et nous l’aimerions mieux que les autres; après elle une princesse de Savoie ; la Bavaroise est horrible de figure et l’on n’y songera pas; pour la Portugaise, elle est celle qui nous conviendrait le moins ». Ausurplus, Don Carlos affirmait (2) à ses intimes qu'il ne convolerait pas en secondes noces ; mais Ossun, qui le savait trop religieux pour chercher des distractions irrégulières, prend des « mesures pour tirer du confesseur de S. M. Catholique les lumières possibles su: cet objet ».
En attendant, le Roi se consolait de la perte de sa compagne en s’adonnant de plus en plus aux affaires de son
(1) Choiseul à Ossun, 30 septembre 1760. Affaires Étrangères, (2) Ossun à Choiseul, 17 octobre 1769. Affaires Etrangères.
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