‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 204 sur 332 · MORT DE LA REINE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

MORT DE LA REINE D'ESPAGNE

royaume et en suivant de près les événements à l'étranger. Les ministres, qui ne se réunissaient pas en conseil et qui travaillaient individuellement avec le souverain, se ralliaient peu à peu à l'alliance francaise. Wall, que nous avons connu au début de cette histoire acquis corps et âme à la cause britannique, avait modifié son attitude ; soit déférence pour un maitre dont il cherchait à gagner la confiance en adoptant ses vues, soit révolte contre l'ingratitude de la cour de Londres qui oubliait les services rendus par l'Espagne pour ne songer qu'aux exigences de ses propres sujets, il s’exprimait en termes sympathiques sur le compte de la France, se plaignait à Ossun des procédés de ses anciens amis, mais il était encore l'adversaire de mesures énergiques. « Que voulez-vous que fasse le roi d'Espagne seul (1)? disait-il à Gssun. S'il se déclare, il verra bientôt sa marine naissante écrasée, Lui convientil aussi de sonner le tocsin? Les Hollandais, les Danois sont certainement alarmés, mais qui est-ce qui ameutera toutes ces puissances? Pour moi, a-t-il ajouté, je ne sais quel parti prendre. Le roi d'Espagne est sage, éclairé, jeune, nerveux, c'est à lui de se déterminer. »

Touten restant sur l’expectative que commandait la situation, Choiseul avait profité (2) de toutes les occasions pour resserrer les liens qui existaient entre les deux couronnes. Il avait fait au roi Catholique la confidence des ouvertures à l'Autriche à l'effet de terminer la guerre, il lui avait cormuniqué le traité des Impératrices auquel la France venait &’adhérer sous réserve de l'exclusion de l'Espagne et des Bourbons d'Italie. Enfin, il fit un pas de plus; il mit la cour de Madrid au pied du mur (3): «Si le roi d'Espagne

(1) Ossun à Choiseul, 30 octobre 1760. Affaires Etrangères.

(2) Voir sur la politique de Choiseul à l'égard de l'Espagne Alfred Bourguet : Le duc de Choiseul et l'alliance espagnole. Paris, 1906.

(3) Choiseul à Ossun, 14 novembre 1760, Affaires Etrangères.

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ne peut pas se déclarer efficacement, le Roi sera obligé de suivre, coùte que coûte, la négociation de la paix. » A cette paix il y a bien des objections, « aussi le Roi n'y penserait-il pas cet hiver, si l'Espagne voulait se décider ». Envisageant l'hypothèse de la continuation de la guerre, le ministre français donne libre carrière à son imagination et esquisse à grands traits les moyens qui lui semblent les meilleurs de combattre l'ennemi commun. La France, malgré un sucsès pourle moins incertain, « appuierait volontiers le projet d'un embarquement pour les îles Britanniques », dont on avait parlé à Ossun, mais il en préférerait un autre « qui serait plus aisé et porterait à l'Angleterre un coup plus sûr : c’est l'attaque du Portugal. Ce royaume peut être regardé comme une colonie anglaise; à ce titre seul, il est l'ennemi de la France, et de plus le Roi a les sujets les plus violents de mécontentement du roi de Portugal qui, au mépris des droits des gens et des attentions dues aux têtes couronnées, a eu des procédés pour la France qui autorisent une guerre ouverte. En partant de ces principes et de la nécessité de faire une diversion considérable aux projets de l'Angleterre, nous proposons dans le plus grand secret à S. M. Catholique de nous confier si elle veut contribuer à la conquête du Portugal et du Brésil, et au dessein d’anéantir entièrement cette puissance, et de la réunir aux domaines d'Espagne ». Choiseul étudie les détails d'exécution de ce projet, fixe le chiffre du contingent que la France pourrait fournir, puis il passe à un concept différent. Il consisterait à « déclarer, conjointement avec l'Espagne, aux Hollandais que la liberté des mers est menacée par l'ambition de l'Angleterre, qu'ils sont invités à se joindre aux deux puissances, soit pour moyenner une paix juste et convenable au commerce des nations, entre la France et l'Angleterre, soit pour s'unir à la France et à l'Espagne pour réprimer les vues menaçantes des Anglais, et que si la République d'Hollande

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