CHOISEUL PROPOSE UNE PRESSION SUR LA HOLLANDE
ne s’unit pas aux deux couronnes pour parvenir à un but aussi utile à l'humanité, le Roï et le roi d'Espagne la regarderont comme participant à la conduite insoutenable des Anglais, et lui déclareront la guerre: alors le Roi assemblera une armée considérable sur le Bas-Rhin, indépendamment de celle qu'il conservera en Allemagne, etavec cette armée qui sera de 100.000 hommes, $S. M. entrera en Hollande et forcera par ses conquêtes de terre les puissances maritimes à se réduire à la paix. Voilà deux projets qui sont nerveux ; ils paraitront peut-être téméraires, mais en les examinant de sang-froid, je me flatte que l'on jugera qu'ils sont d'une plus facile exécution que ne le serait une descente en Angleterre. Ils supposent tous deux que l'Espagne veut faire la guerre, car si cette puissance n'a pas l'intention de se déclarer positivement et ouvertement, tous projets sont inutiles à combiner avec elle, et comme je vous l’ai déjà mandé, le Roi suivra le plan de paix qu'il s'est formé, et engagera ses alliés de gré ou de force d’y concourir. »
Les propositions de Choiseul furent soumises, par l'envoyé français (1), au roi Carlos. Celui-ci reconnut qu'il était de son intérêt de combiner une action immédiate avec son cousin Louis XV, car « aussitôt que la France aurait fait une paix avantageuse, les Anglais lui tomberaient sur le corps... malheureusement il n’était pas encore prêt, il avait trouvé toutes choses en Amérique et en Espagne dans un dépérissement et dans un délabrement incroyables, quoiqu'il eût pris toutes les mesures qui avaient dépendu de lui depuis un an pour mettre ses possessions en Amérique à l'abri d'une invasion; cependant si les Anglais se présentaient encore actuellement à la Havane et au Mexique, illeur serait plus facile d'en faire la conquête que de la plus pelite colonie française, la plupart des
(1) Ossun à Choiseul, 28 novembre 1760. Affaires Etrangères.
vaisseaux étaient pourris. les arsenaux étaient vides; il n'y avait ni canons, ni fusils, ni munitions. On travaillait de toutes parts conséquemment à ses ordres, il fallait beaucoup plus de temps en Espagne que dans les autres pays pour exécuter les moindres choses ». En résumé, S. M. Catholique, pleine de bonne volonté pour l'avenir, « ne voulait pas engager la France à reculer la conclusion de la paix ni à continuer toute seule une guerre qui l’exposerait à de nouvelles pertes ». A la suite de confidences pareilles, il n’y avait qu’à remercier le roi d'Espagne de sa franchise et à poursuivre résolument les démarches pacifiques commencées auprès des deux Impératrices. C’est le parti auquel s'arrêta (1) le ministre de Louis XV.
Versle milieu de décembre 1766, Massones, ambassadeur espagnol à la cour de Versailles, fut remplacé par Grimaldi dont nous avons relevé l’activité remuante au poste de La Haye. Choiseul n'avait pas été étranger au rappel de Massones; dès le mois de juin, il écrivait (2) à Ossun, au sujet de ce diplomate : « Le roi Catholique ne doit point persister à laisser ici pour son ambassadeur le meilleur homme du monde, mais le plus inepte ministre qu'il y ait jamais eu. Il est impossible de parler d’affaires à M. de Massones, ni d'entendre ce qu’il dit quand il parle. Je vous confie le peu de fonds qu'il y a à fairesur cet ambassadeur, dont les relations sont certainement, s’il les fait, dénuées de bon sens, et s’il ne les fait pas, ne peuvent pointétre justes, car il lui est de toute impossibilité de rendre compte de ce que je lui dis. Je vais me borner dorénavant à lui faire des plaisanteries, ce qui est plus son genre que la politique. » Grimaldi, ainsi qu'on le verra, donna une impulsion vigoureuse aux projets d'union des deux couronnes.
(1) Choiseul à Ossun, 9 décembre 1760. Affaires Etrangères,
(2) Choiseul à Ossun, 2 juin 1760. Affaires Etrangères, vol. 574.
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