‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 207 sur 332 · GRIMALDI AMBASSADEUR. EN FRANCE · texte numérisé non relu

GRIMALDI AMBASSADEUR. EN FRANCE

paix entre l’Angleterre et la France, s’effrayait, comme nous l'avons vu, de l'isolement dans lequel elle se trouverait après la réconciliation des deux belligérants; elle suivait d’un œil jaloux les pourparlers qu’elle croyait déjà amorcés à Londres. Choiseul s'en explique avec Grimaldi : «Ilne m'a pas été difficile, Monsieur, mande-t-il (1) à Ossun, de pénétrer dans les premières conversations que j'ai eues avec M. le marquis de Grimaldi, que cette fausse idée où l’on est à sa cour, a été le principal motif de sa mission en France; et il n’a pas même cherché à me dissimuler que son véritable objet était de découvrir l’état actuel de notre prétendue négociation, et nos dispositions par rapport à l'Angleterre. Il a sans doute regardé, comme un moyen sûr de me faire expliquer sur ce sujet, l'offre qu’il m'a faite, par ordre du Roi son maitre, de conclure dès à présent un traité offensif entre la France et l'Espagne pour le soutien de leurs intérêts communs contre les Anglais. » Choiseul assura son interlocuteur qu'aucune ouverture n'avait été faite au cabinet britannique et qu'aussitôt qu'il y en aurait une, la cour de Madrid en serait informée. « Enfin, continue le Français, sur la proposition de conclure actuellement un traité offensif entre les deux cours, j'ai demandé à cet ambassadeur si, dans le cas où nos ennemis se refuseraient aux ouvertures que nous leur ferons... le roi d'Espagne serait disposé à déclarer aux Anglais qu'il ne peut pas souffrir plus longtemps leurs entreprises en Amérique, qui ne sont pas moins préjudiciables aux intérêts de sa monarchie qu'à la navigation et au commerce libre de toutes les autres nations, et que S. M. Catholique est déterminée à unir ses forces contre celle des deux puissances (soit la France ou l'Angleterre) qui ne voudra pas se prêter sans aucun délai aux conditions d’une paix juste

(1) Choiseul à Ossun, 17 février 1761. Affaires Etrangères,

et convenable, M. de Grimaldi m'a dit qu'il ignorait quelles sont à cet égard les intentions du roi son maitre. »

D'après Choiseul, l'initiative du 1raité d'alliance devait venir du côté de l'Espagne; aussi Ossun, quoique mis au courant, recut-il ordre de n’en parler ni au Roi ni à Wall. Ce fut en effet le Roï qui s’en ouvrit le premier : « Ce prince, Monsieur, rapporte Ossun (1), m'a répondu que pour la défensive, il n'y avait aucune espèco de difficulté, mais que l'offensive l’'embarrassait à cause de nos guerres d'Allemagne, qu’il fallait qu’il examinät ce qu'il pouvait faire; que je savais qu’il ne voulait jamais prendre d'engagements sans être bien sûr d’être en état de les remplir; qu'au surplus, il faudrait beaucoup de temps pour discuter et convenir des conditions d'un traité de commerce. » À la suite de cet entretien, et avec l’autorisation du roi Carlos, l'ambassadeur français aborda le sujet du traité avec Wall qui se montra favorable au principe de l'alliance.

Fidèle à sa promesse, Choiseul envoya copie à Madrid des déclarations relatives au congrès futur et à la paix ainsi que des pièces diverses remises par Galitzin au cabinet anglais. La cour de Madrid ne fit aucune observation sur le contnu de ces documents, mais quelques jours après la communication, Wall tint un propos qui éclaire à la fois sur la nouvelle orientation de l'Espagne et sur la modification profonde qui s'était produite dans ses sentiments personnels. « Ce ministre m'a dit, relate Ossun (2), que la France avait les plus justes motifs de désirer une paix décente ; que la tournure qu'elle avait donnée à ses premières ouvertures était remplie de dignité etmettait les Aiglais dansla nécessité absolue de s'expliquer clairement sur leurs véri:a-

(1) Ossun à Choiseul, 16 mars 1761. Affaires Étrangères. (2) Ossun à Choiseul, 20 avril 1761. Affaires Étrangères.

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