CHOISEUL CHERCHE A SE RAPPROCHER DE LA RUSSIE
taillées (1) sur le langage à tenir au chancelier Woronzow. Il se plaindra de voir les négociations avec la Russie passer par le canal de Vienne au lieu de faire l’objet de pourparlers directs; il fera valoir le désintéressement de la France, son désir de venir en aide, par des subsides financiers, à son alliée du Nord et ses craintes de ne pouvoir le faire si la guerre se prolonge. « Je crois, continue Choiseul, que de très bonne foi, la cour de Pétersbourg serait fort aise de faire la paix, en conservant la Prusse, avec l'espérance de conclure directement avec la France un traité de subsides qui ne l'empêcherait pas dans l’occasion de recevoir en secret de l'argent de la cour de Londres; car malgré l’ostentation des grands sentiments dont on se pare à Pétersbourg, il me parait que l'argent est le vrai mobile qui fait agir cette cour. Or, comme nous ne varions pas dans notre système de chercher à faire notre paix particulière avec l'Angleterre et de désirer que la Cour de Vienne se prête à la paix d'Allemagne par les conseils de la Russie, je crois qu'il n’est pas hors de propos de faire envisager des avantages de notre part à cette puissance, si elle parvient à cet objet aussi promptement qu'il serait à désirer. Cependant, il est important de le lui présenter avec délicatesse, car en même temps que nous souhaitons que ce soit l’Impératrice de Russie qui prenne la charge de persuader à l'Impératrice Reine la nécessité et le désir de la paix, il est important que l'on soit convaincu à Pétersbourg que nous sommes invariables dans nos engagements avec la cour de Vienne et que ce ne sera que du consentement de l’Impératrice Reine ou entrainés par l’Impératrice de Russie que nous nous déterminerons sans hésiter à la paix d’Allemagne. En un mot, il faut faire croire à M. de Woronzow que, quoique nous pensions pour le bien de l’Impéra-
(1) Choiseul à Breteuil, 24 août 1760. Affaires Etrangères.
Dre , ge pn ee — - - me cn
trice de Russie qu'il serait à propos que cette campagne fût la dernière, nous sommes encoré cependant plus attachés aux liens qui nous unissent avec la Cour de Vienne qu'aux besoins de la paix. »
En attendant le résultat de ces ouvertures, trop vagues pour qu'on püt en retirer un effet immédiat, le comte de Choiseul reçut ordre d'insister énergiquement à Vienne sur la nécessité d'envisager la cessation des hostilités. Le moment n'était guère propice; malgré la défaite de Liegnitz, l’Impératrice et son chancelier n'avaient pas renoncé à l'espoir d’une fin de campagne heureuse. Marie-Thérèse marquait sa foi en Daun et parlait de sa confiance dans «la main de Dieu ». Sur quoi, le comte de Choiseul d'observer à son cousin : « A cette réflexion chrétienne, on serait tenté de répondre par un mot du roi «ue Prusse à M. de Sechelles qu'avec de pareils sentiments, on gagne le royaume des cieux, mais non ceux de la terre. » Cependant le diplomate français ne désespère pas de ramener l'Impératrice et son conseiller à des vues plus pacifiques. Dans une dépêche du 6 septembre, il relate (1) sa dernière conversation avec Kaunitz; jamais il n’a vu le chancelier aussi affecté. On cause des opérations de la campagne, de la maladie de Soltikoff, de la
timidité de Daun qui ne voulait pas livrer bataille malgré les ordres reçus : « M. le comte de Kaunitz m'a répliqué qu'il était fâcheux d’être toujours réduit à attendre des miracles, et que s’il était Dieu, il s’ennuierait d'en faire. Ce propos là semble prouver qu'il commence à désespérer du succès de ses desseins. Il me parait plus abattu et découragé que l’année passée avant l'affaire de Maxen, quand il craignait que le Maréchal n’abandonnât la Saxe. Les illusions me semblent dissipées. IL est vrai qu'un moment de fortune les ferait bientôt renaitre; mais si la
(1) Comte de Choiseul au duc, 6 septembre 1760. Affaires Étrangères.
)agne 1s atr de
agues omte ienne ilités.
éfaite aient euse.
de sa ‘omte exion ot du senti-
ceux
battu nxen, Saxe.
u'un si la