MÉMOIRE DE CHOISEUL EN FAVEUR DE LA PAIX
campagne finit aussi platement que nous avons lieu de le conjecturer et qu'il n'arrive point d'événement qui relève les espérances de la Cour de Vienne, je persiste à croire qu'elle sera plus docile et qu’en lui parlant sur un ton amical et affectueux, mais en même temps ferme et décidé, nous pourrions tirer parti de sa honte et de son abattement pour lui faire sentir l'inutilité de la guerre et la nécessité de la paix. »
Le mois de septembre se passa sans événement militaire de quelque importance; Daun restait sourd aux invitations pressantes que l’Impératrice lui adressait de sa propre main et se refusait à toute action décisive; les communications avec les Russes étaient coupées, la correspondance entre les généraux alliés ne s’effectuait que par voies détournées et ne permettait pas de faire aboutir des projets devenus irréalisables avant l'accord des parties.
Enfin, las de cette situation sans issue, et conformément aux intentions annoncées à Starhemberg, Choiseul mit la cour impériale en demeure de s'expliquer par un mémoire daté du 9 septembre (1) et remis à Kaunitz le 17 du même mois. Le ministre de Louis XV, après une revue du passé et la constatation du peu de résultats obtenus, priait l’Impératrice de lui faire part de ses vues pour l'avenir. Il esquissait à grands traits les embarras de la France, les charges énormes qui grevaient son budget, les 150 millions que coûtait par an l’armée de Broglie, les 25 millions de subsides aux pays étrangers, l'impossibilité de trouver 50 millions pour entretenir une seconde armée en Westphalie, la crainte de ne pouvoir se maintenir en Hesse. Avant tout, pour relever le crédit national, il fallait mettre fin à la guerre aussi malheu-
reuse qu'onéreuse engagée avec l’Angleterre : « Le Roi,
vis-à-vis de l’Angleterre, écrivait Choiseul, n’a d'autre
(1) Choiseul au comte, 9 septembre 1760. Affaires Etrangères.
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désir que celui de terminer la guerre honorablement et il serait parvenu à ce but sans les engagements qui le liaient à la guerre d'Allemagne. Sur le continent, $. M. ne demande autre chose que l'affermissement de l'alliance contractée avec l'Impératrice Reine... Le Roi a un troisième objet dans la guerre, qui est le même que celui de l’'Impératrice Reine, et qui est conforme aux traités, c'est l'affaiblissement du roi de Prusse et les avantages qui peuvent résulter de cet affaiblissement en faveur de S. M. Impériale. La prolongation de la guerre funeste pour le royaume ne produira pas au Roi de dédommagements proportionnés aux pertes qu’il peut faire. far quels que soient les événements, il est certain que ic Roi n’acquerra aucun bénéfice ni en Amérique, ni dansle continent; mais il est également certain qu'il aggravera le poids de ses dettes, et rendra plus difficiles par la durée de la guerre les moyens de soulager ses peuples et de faire revivre le commerce. » Le mémoire affirmait à nouveau le désintéressement de la France, son désir et son intérêt de mettre fin aux hostilités et sa volonté d’alfermir le système de l’alliance. En conséquence, le Roi, faisant appel à l'amitié de son alliée, « propose à Sa Majesté Impériale de déclarer à la fin de la campagne aux ennemis qu'elle veut bien se porter à faire la paix avec le roi de Prusse, à condition que l'Angleterre fera la paix avec la France ».
Choiseul ne se fait aucune illusion sur l'accueil réservé à une démarche aussi opposée aux desseins de la cour de Vienne que blessante pour l’'amour-propre de la souveraine: aussi a-t-il soir de qualifier sa proposition en lui donnant une tournure hypothétique : « Le Roi sait bien que l’Impératrice serait peinée d’une pareille demande de sa part; elle serait cependant juste, car le premier principe de toute confédération devrait être de regarder et de soulager les malheurs de son allié comme les siens propres, » Après quelques mots sur la situation dans laquelle se
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