LANGAGE DE MARIE-THÉRŸSE
trouveraient la France et l'Autriche en 1761 si, comme cela paraissait probable, elles ne recevaient aucun secours efficace de la Russie et de la Suède, la pièce finissait par une prière à l’Impératrice de « communiquer au Roi avec la même confiance, ses moyens, ses vues el ses déterminations pour l’année 1761 ».
Ainsi qu'il était facile de le prévoir, le mémoire de Choïi seul fut trés mal accueilli par Marie-Thérèse et Kaunitz. Ce dernier, dans sa première entrevue avec l'ambassadeur français (1), se renferma dans un silence presque absolu ; dans une seconde séance (2), il ne dissimula pas la mauvaise impression de sa souveraine : « Il semble que le Roi impute à l’Impératrice les malheurs de cette guerre, qu'il les lui reproche, qu'il veuille lui faire sentir que son alliance lui est à charge, enfin qu'il est en repentir de s'être uni avec elle. » Puis on parla de la Russie; le Français ayant réclamé pour son mémoire le secret à l'égard de ce gouvernement, Kaunitz refuse de s'engager et réplique : « Êtes-vous sûr qu'il n'ait pas été remis à la cour de Russie? » Avec sa finesse habituelle, le comte de Choiseul ne se laisse pas démonter par le ton du chancelier; il est persuadé que la cour de Vienne cherche surtout à gagner du temps : « Elle se plaint des expressions et de la forme, mais c’est le fond qui la blesse; elle s'attache à l’écorce parce qu’elle ne peut pas contester sur l'essentiel. »
Après avoir tâté le ministre, notre ambassadeur alla chez l’Impératrice; la conversation qu'il eut avec elle (3), nous montre la souveraine mécontente, sarcastique, et, contre son habitude, peu aimable : Efle énumère et souligne toutes les difficultés que rencontrerait la négociation pour la paix : mauvaise volonté de l’Angleterre qui n’en voulait pas, satisfactions à obtenir pour
) Comte de Choiseul au due, 23 septembre 1760. Affaires Étrangères.
1) Comte de Choiseul au due, 18 septembre 1760. Affaires Étrangères. 3) Comte de Choiseul au duc, 30 septembre 1760. Affaires Etrangères.
la Suède et pour le roi de Pologne, exigences de la Russie qu'elle avait « des raisons essentielles de ménager plus dans ce moment-ci que jamais », danger, dans un avenir prochain, d'une agression duTure que soutiendrait le roi de Prusse, Au comte qui objectait que ce prince serait trop affaibli pour reprendre les armes, la princesse répliqua qu'elle ne partageait pas cet avis, « qu’elle ne pouvait jamais être en repos avec un pareil voisin, À moins, a-t-elle dit, de metier avec lui ». L’envoyé se garda bien de relever cette boutade. « Elle me l'avait apparemment dit à dessein, car quelque temps après, elle a trouvé moyen de revenir sur le même sujet, et de me répéter le même propos. Alors j'ai répondu : Cela est impossible, et je ne crains pas de voir jamais cette union. Je pense en effet que le feu et l’eau sont moins incompatibles que ces deux cours, et que leur caractère est encore plus opposé que leurs intérêts. Ce n'est qu'une menace et l’Impératrice croit par là nous faire peur. Elle m'a répliqué : Je n’y ai assurément pas de penchant, mais si j'y étais forcée, il le faudrait bien. » L'ambassadeur fit rouler l'entretien sur l'union avec la France « qu'elle devait regarder comme perpétuelle et fondamentale ». Elle m'a répondu : « Je n’en sais rien; je vois qu'on est léger en France et qu’on se dégoûte aisément. » De l'alliance, on passa aux chiffres du mémoire que l'Impératrice trouvait exagérés : « Je ne comprends pas que votre armée vous coûte 150 millions, indépendamment de tout ce que vous prenez à crédit dans l'Empire; il faut que le Roi soit bien volé. »
Un peu piqué par les critiques de Marie-Thérèse, le comte de Choiseul affirma « qu'il était si vrai que l'état de nos finances était la seule raison qui nous faisait penser à la paix, que si l’Impératrice pouvait procurer au Roi les moyens de trouver non pas gratuitement, mais seulement par forme d'emprunt une ressource de 200 millions, j'étais prêt à signer comme M. d’Esterhazy, c’est-à-
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