‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 332 · DAUN NE VEUT PAS LIVRER BATAILLE · texte numérisé non relu

DAUN NE VEUT PAS LIVRER BATAILLE

conseil de guerre où Daun et ses principaux lieutenants se prononcèrent contre une bataille. Montazet, qui assistait à la réunion, et qui avait soutenu un avis opposé, alla plaider sa cause auprès du maréchal et lui rappeler le message qu'il lui avait apporté de la part de l’Impératrice

sur « la nécessité de faire de la besogne décisive dans le

cours de cette campagne ». Voici quelle fut la réponse de Daun : « Monsieur de Montazet, vous me faites toujours très grand plaisir de me dire votre sentiment. Vous savez même que je vous le demande avec confiance dans toutes les circonstances (il ajouta à cela des choses honnêtes pour moy), mais j'ai des principes dont je ne saurais me départir, et les voici: Quand je suis dans un cas embarrassant, je consulte tous ceux dont je crois pouvoir tirer des secours, et je ne demande qu’à être éclairé. Mais il faut pour me décider, commencer par me convaincre : sans cela je me détermine par les lumières que Dieu m'a données. Peut-être ne sont-elles pas les meilleures, mais il faut bien que je me contente de celles que j'ai. Il peut se faire que vous ayez raison de penser qu'il faudrait combattre le roi de Prusse; mais comme j'y vois de trop grands dangers, je ne saurais prendre ce parti, d'autant que celui que prend l'ennemi favorise nos opérations en Silésie, et déterminera peut-être les Russes à s'y rendre plus tôt qu'on ne l'avait espéré. Voilà ma façon de voir. »

Cependant, à en croire les calculs du bouillant Français, les circonstances semblaient propices : « Les troupes de l'Empire (1), jointes aux ccrps de MM. Haddick et de Lascy, composaient un corps pour le moins de 35.000 hommes sur la rive gauche de l’Elbe, la garnison de Dresden, forte de 13.000 hommes, était tout entière, et l’armée de M. le

(1) Montazet à Choiseul, Schoenfeld, 21 juillet 1760. Affaires Étrangères, Autriche,

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Maréchal Daun, composée de près de #0.000 hommes, formait un total de plus de 60.000 combatiants (1), ce qui faisait le double de l'ennemi; nous étions par la forme du pays, les maîtres du passage de l’Elbe, et, par conséquent, nous n'avions à redouter que la difficulté des débouchés et les suites d’un événement malheureux. »

Il était évident que depuis le retour de Daun et les incidents qui avaient marqué son entrée en scène, la prise de Dresde par le Roi était devenue de plus en plus improbable. « Si ce n’est pas son but, s’écrie Montazet (2), que fait-il où il est, tandis qu'on prend la Silésie? S'il persiste à rester où ilest, il me parait que nous sommes déterminés à rester où nous sommes. » Le prétexte invoqué par Daun pour son inaction était, on l’a vu, le désir de donner aux Russes le temps d'opérer leur jonction avec Laudon en Silésie. Montazet, qui évidemment reflète l’opinion du quartier général autrichien, ne croit guère à une action vigoureuse de leur part : « Devons-nous nous flatter, Monsieur, que le général Soltikoff ira chercher bon jeu, bon argent, les Prussiens? Pour moi, j'avoue que je n'en ai pas l’idée; le général russe passera donc la campagne à manœuvrer à sa façon et si le prince Henri se conduit bien, il sera défait des Russes vers le 20 novembre. »

En tout cas, si l’immobilité des Autrichiens peut se justifier, celle du Roï ne s'explique que par l'espoir d'une bataille défensive contre une attaque de Daun. Quoi qu’il en soit, la situation se prolongea sans changement jusqu’au 24 juillet; le soir de ce jour, l’armée royale leva définitivement l'investissement du vieux quartier de Dresde et se dirigea sur Kesseldorf, puis sur Meïssen, d’où elle regagna la rive gauche, à la date du 1°" août. « En cinq

(1) Montazet ne lient pas compte dans son total de la garnison de Dresde. (2) Montazet à Choiseul, Schoentfeld, 26 juillet 1760. Affaires Etrangères.

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