FRÉDERIC LÈVE LE SIÈGE DE DRESDE
jours, écrit Frédéric (1), je pense être aux frontières de la Silésie. Il est assez vraisemblable et presque hors de doute que le 7 ou le 8, il se passera quelque affaire décisive. Si je reste les bras croisés, je ne changerai rien aux affaires etmes provinces seraient en attendant envahies; et, au bout du compte, l'ennemi m’enveloppera ensuite de telle façon que je serai obligé de me battre contre lui, sans la moindre apparence de succès, afin de ne pas me rendre à discrétion. » Le départ des Prussiens fut signalé, s’il faut s’en rapporter à Maraïinville (2), par des excès regrettables : « Le roi de Prusse, en se retirant des environs de Dresde, a mis le comble à ses procédés infâmes, par ce qu'ila permis ou plutôt ordonné qu'on fit au grand Jardin Royal qui est en dehors des faubourgs de Pirna.… Il a commandé tous les charpentiers de son armée, la nuit qui a précédé son départ, pour couper tous les arbres qui en formaient les allées, et entre autres, celle qui formait le plus beau mail qu’il y eût sûrement dans l’Europe. On avait mis à couvert dans des pavillons, au commencement de la guerre, quantité de belles statues de marbre estimées infiniment, on les en a sorties pour les mettre en morceaux; il en a été fait de même de tous les beaux treillages qui étaient dans ce jardin et jusqu’à l’orangerie a été hachée en morceaux. Je ne croirais pas ces infamies si je ne les avais pas vues, tant elles doivent paraitre incroyables. »
Quant à la ville de Dresde, d’après le même témoin, les dégâts n'auraient pas été aussi sérieux qu’on aurait pu le craindre ; cependant, les détails qu’il fournit à la Dauphine prouvent qu'ils furent considérables : « Cette belle rue de Pirna, écrit-il (3), si bien bâtie, est brûlée de fond en comble et par conséquent le Palais des Princes tout
(1) Frédéric à Finckenstein, Dallivitz, 1* août 1760. Corresp. Polit., XIX, p. 583, (2) Marainville à Choiseul, Dresde, 3 août 1760. Affaires Étrangères. (3) Marainville à la Dauphine, Dresde, 2 août 1760. Archives de la Guerre.
meublé ainsi que tous les effets précieux de M. le comte de Brühl qui y avaient été anciennement transportés. Il y avait comme vous savez, Madame, plusieurs belles maisons, telles que celle de Heim, l'hôtel garni de Saxe et d’autres; tous ceux qui les habitaient, soit maitres, soit concierges, n'ont pas pu en sauver la moindre chose, et ont été obligés de les abandonner en n’emportant que ce qu'ils avaient sur le corps, moyennant quoi, tous les meubles, les effets et les nippes y ont été consommés par les flammes. La Moritzstrasse a eu le même sort ainsi que la Kreützgasse, excepté le-palais de Rodofski qui a souffert de plusieurs bombes qui y sont tombées et de quantité de boulits. Tout ce qui l’environne a été brûlé. » Marainville prévoit la vengeance que tireront de ces excès les soldats alliés : « Il faut que la rage etla haine de ceprince contre la maison de Saxe soit bien grande pour n'avoir pas senti que dans les circonstances embarrassantes et critiques, il aurait dû être contenu par la crainte des représailles que les Autrichiens ou les Russes pourraient faire en son temps dans le Brandebourg et entre autres à Berlin, et dans ses maisons de campagne; c’est, je crois, ce qu'on ne manquera pas de faire, quoique ce soit rendre victimes des malheureux qui sont innocents des cruautés que leur souverain a exercées envers d'autres malheureux, mais il n'y a que cette façon de se venger des actions barbares de princes aussi cruels. » La suite prouvera que cette prophétie devait se vérifier.
Une lettre du maréchal Daun, écrite au retour d’une inspection faite dans la matinée du 25 juillet, avait déjà rassuré le roi de Pologne et sa famille, « IL a trouvé, rap: porte Kaunitz (1), que jusqu'alors il n’y avait eu qu’un tiers de la vieille ville maltraité par l'incendie, .….. que la
(1) Kaunitz à Flemining, 24 juillet 1760, copie envoyée à Paris. Archives de ja Guerre.
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