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MARIAGE D'ISABELLE DE PARME

Une dépèche (1) du duc de Choiseul au comte, que ce dernier lut au chancelier le 8 octobre, vint à la fois calmer quelques-unes des inquiétudes de la cour de Vienne et en soulever d'autres où tout au moins renforcer les doutes qu'elle ne cessait d'entretenir sur la fidélité de la France. C'est avec plaisir que Kaunitz enregistra l'affirmation, que Choiseul n'avait « de près ni de loin communiqué à Pétersbourg la lettre qu'il lui écrit... qu'il ne pouvait être question de paix en Russie que par l’étourderie de M. de Lhopital, mais certainement pas par orûre du Roi, qu'au reste M. de Kaunitz était le maitre de communiquer le mémoire à Fétersbourg ». Les protestations de loyauté et d'attachement à l'alliance, dont Choiseul se montrait prodigue, produisirent probablement peu d'impression sur l'esprit sceptique du ministre de l'Impératrice, mais il n’en fut pas de même de la réplique à la question sur les moyens de faire la paix : « Les nôtres sont simples avait écrit le duc, ils consistent à faire rentrer not” armée en France et à ne plus nous mêler de la guerre ‘1 continent au moment où nous signerons notre paix avec l’Angleterre. » Cette solution, très simpliste en effet, avait le tort d'être en contradiction avec le fameux article 13 du traité du 31 décembre 1758.

La réponse officielle au mémoire de Choiseul se fit attendre pendant plus d'un mois et ne fut remise que le 22 octobre. Pour ce retard évidemment volontaire, on invoqua conime excuse les fêtes du mariage de l'archidue Joseph avec l'infante Isabelle de Parme, petite-fiïle de Louis XV. Malgré la misère du pays, :a cérémonie fut célébrée avec beaucoup d'éclat : « La richesse des équipages, écrit le comte de Choiseul 2), des livrées, des habits, de tout ce qui éblouissait hier pendant tout le cours de la journée ne se ressent point du tout des mal-

(1) Duc de Choiseul au comte, 2 octobre 1760, Archives de Vienne. (2) Comte de Choiseul au due, S octobre 1760, Affaires Etrangères.

heurs du temps et n'annonce rien moins qu'un état et des sujets épuisés par les dépenses de la guerre. » Conformément à l'étiquette rigoureuse de la cour d'Autriche, au bal masqué donné à l’occasion du mariage, les invités furent répartis en deux séries : les uns, de la première noblesse, en dominos blancs, les autres, de la deuxième, en dominos roses. À son grand déplaisir, le comte fut relégué dans cette dernière catégorie et s'en plaignit amèrement; le grand maître des cérémonics, irréductible sur le fond, se tira d’aflaire en n'adressant aucune invitation au corps diplomatique.

Ces réjouissances n’empêchèrent pas le chancelier et son interlocuteur français d'échanger leurs vues et même de se poser l’un à l’autre des questions embarrassantes Un récit très vivant de l'ambassadeur (1) nous fait passer sous les yeux un des épisodes du duel diplomatique. fl s'agit de la lettre de Choiseul que le comte venait de lire à Kaunitz : « J'ai ajouté, parlons vrai, Monsieur le Comte, la paix sera faite le jour qu'il plaira à l'Impératrice de renoncer à ses pro’ets de conquêtes. Nous savons le mot de la guerre, c'est la Silésie, et ce mot-là n'est pas un secret, il est su de toute là terre, et les quatre parties du monde seront en paix quand l'Impératrice voudra bien s'en désister. Jai vu que ce discours ne plaisait pas à M. de Kaunitz, il n'y a rien répondu et après un moment de silence il m'a dit d'un air grave et ministériel : J'entends tout ce que vous me faites l'honneur de me dire. J'ai noté les quatre articles de fa lettre de M. le due de Choiseul et

je suis en état de faire un rapport exact à l'Impératrice. I]

me reste seulement une question à vous faire. Je ne sais pas si vous êtes en état d’y satisfaire, la voier : « C'est de savoir dans le cas où ies alliés du Roi ne pourraient ou ne voudraient pas faire la paix, si S. M. les abandonnerait et

1) Comte de Choiseul au due, 12 octobre 1760, Affaires Etrangvres,.

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