RÉPONSE AUTRICHIENNE BIEN ACCUEILLIE
ducale, des états de Clèves, de Marck et de Gueldres « conquis au nom de l'Impératrice », du comté de Glatz et par le recouvrement de presque toute la Saxe. La pièce se terminait par les assertions habituelles sur la fidélité à l’union des deux couronnes, le désir d'une paix « générale, solide et durable » sur les avantages à retirer d’une dernière campagne. « Quelle que soit leur opinion (celle des alliés) cependant, Elle ne s'en séparera point. L'Impératrice en assure le Roi et Elle se flatte que son équité et son amitié pour Elle lui feront trouver que ce qu'Elle lui répond par ce mémoire est tout ce que les circonstances peuvent lui permettre de dire quant à présent. »
C'est à bon droit que le comte de Choïiseul, après avoir recu le document des mains de Kaunitz, pouvait écrire (1) à son cousin : « Le principe favori de la cour de Vienne est que le bonheur du monde et l'équilibre de l'Europe dépendent de la destruction du roi de Prusse. » À Versailles, l'impression ministérielle fut bien meilleure qu'on aurait pu le supposer; à en croire le récit de Starhemberg (2), Choiseul qui avait parcouru devant Jui les pièces autrichiennes, n'avait fait d'observation qu'au passage concernant les territoires prussiens du Rhin : «Il n'y à que la France — s'était-il écrié — qui n'aurait aucune part dans les conquêtes. » L'ambassadeur se borna à lui rappeler letextedes traités des 30 et 31 décembre 1758. Sauf sur ce point, Choiseul se déclara content de la réponse ; 1l s'était attendu à ce qu’elle serait « aigre et vague », au contraire, il devait reconnaitre « qu'elle était
aussi mesurée, prévoyante, raisonnée, favorable, amicale et conciliante qu'on eût pu l’espérer: son cousin lui avait fait prévoir un document d'un style tout différent ». Ce verdict satisfaisant, confirmé par quelques lignes du ministre francais à son envoyé de Vienne, fit d'autant plus
(1) Comte de Choiseul au due. 24 octobre 1760. Affaires Etrangères. (2) Starhemberg à Kaunitz. S novembre 1760. Archives de Vienne,
dé plaisir que, dans la conférence du 22 octobre (1), à laquelle le mémoire avait été Iu et approuvé, Kaunitz avait escompté un mauvais accueil à Versailles et obtenu pour l’ambassadeur impérial l'autorisation de déclarer, sicela était nécessaire pour tranquiiliser la France, que sa cour se prêterait sans difficulté « à un congrès, mais où tous les pays seraient traités également ». Starhemberg n'eut pas besoin de se servir du post-seriptum: il rapporta même à Vienne son espoir de voir la France participer à la campagne de 1761.
Il y avait e: en eff, dans l'esprit par trop versatile de Choiseul, un revirement subit. Quelques jours avant la remise du mémoire autrichien, l’envoyé de Marie-Thérèse avait été fort mal reçu (2); le ministre francais s'était plaint de l'humiliation infligée à son cousin à l'occasion du bal donné aux jeunes archidues: il lui avait fait une véri table scène au sujet de l'interrogation de Kaunitz sur la conduite que tiendrait la France dans le cas où l'entente pour amorcer des négociations pacifiques ne s’établirait pas: le soupçon qu'impliquait cette demande était un: insulte qu'il était obligé de relever. Slarhemberg cut beau lui faire observer que la question avait été suggéré: par le passage de la lettre du duc que nous avons cité plus haut, et dont la communication au chancelier avait été faite d'après ses propres ordres. Choiseul répliqua qu'il ne se rappelait pas Les termes employés, mais que, bien certainement, rien dans sa lettre ne justifiait ni le fond, ni la forme, du propos de Kaunitz.
Pendant que l’on cherchait à se mettre d'accord sur le terrain diplomatique, les nouvelles militaires devenaient
de plus en plus inquiétantes. Depuis le succès de Closter- Camp on était rassuré sur le Bas-Rhin, mais la disette dé (1) Pièces de ia conférence du ?” octobre de Ta main de l'Empereur. At ives de Vienne.
Starheraberg à Kaunitz, 6 octobre 1760, Archives de Vienne. Gi ” R x \