‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 224 sur 332 · CHANGEMENT DE TON DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE TON DE L'IMPÉRATRICE

vivres et la difficulté des transports ne forceraient-elles pas Broglie à évacuer la Hesse? La défaite de Torgau n’entrainerait-elle pas la perte de la Saxe et même de Dresde? Choiseul prévient Starhemberg qu'il va expédier à Vienne, à Pétersbourg, à Stockholm un courrier porteur d'un mémoire préconisant l’action commune des alliés en faveur de la paix. L'Autrichien obtient avec peine l’ajournement de cette communication !1

« De cette façon on gagnera du temps, ajoute-t-il, et prebablement les hostilités reprendront avant qu'on ne soit d'accord. »

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Que Marie-Thérèse et son conse;'ler se fussent résignés à la seule paix réalisable, c’est-à-dire au sacrifice des esptrances qui avaient motivé la guerre, cela paraitincrovable, mais, soit découragement à la suite des événements de Saxe (2), soit désit de paraitre se prêter aux vues de la France, un changement notable d’attitude est à relever chez eux. C'est maintenant Kaunitz qui aborde le sujet (3) avec le comte de Choiseul : «Il est important de nous bien entendre et d'agir dans le plus grand concert pour faire au moins la moins mauvaise paix qu'il sera possible. » [1 ne fait pas d’objection de principe au Francais quand ce dernier revendique l'initiative des ouvertures pour sa cour, dont le penchant pacifique est bien connu, tandis que le secret serait gardé sur le consente ment de l'Autriche dont les sentiments contraires ont été souvent exprimés, À peu près à la même époque, dans une audience accordée à Montazet, qui avait toujours été dans ses bonnes grâces, Marie-Thérèse fut très explicite dans ses déclarations (#) : la conversation porta d'abord sur le choix du commandant en chef: la souveraine s ex-

(1) Starhemberg à Kaunitz, 18 novembre 1760. Archives de Vienne. (2) La bataille de Torgau avait eu lieu le 3 novembre.

(3) Comte de Choiseul au duc, 18 novembre 1760. Affaires Etrangères (4) Comte de Choiïiseul au due, 6 décembre 1760. Affaires Etrangères

prima très librement sur le compte de ses généraux; elle prévoyait qu'on lui ferait prendre Laudon, « elle en serait au désespoir, car elle était sûre qu'il se ferait battre »; puis après avoir témoigné son dégoût pour la guerre : « Vous me trouvez bien changée aujourd’hui, dit-elle, et dans des dispositions bien différentes de celles où vous m'avez vue, car je vous assure du fond de mon cœur que

j'ai perdu toute espérance de parvenir au but que je

m'étais proposé, que je suis entièrement déchue de mes projets d’agrandissement, que j'en sens toute l’impossibilité, que je suis résignée à la paix et que je ne désire aujourd'hui que d'y parvenir et d'en faire une qui soit honnète, décente, qui convienne à mes alliés, qui puisse rétablir le Roi dans ses possessions qu'il a perdue: et qui maintienne notre alliance et le système actuel a ec la considération qui convient à de grandes puissances. Ces sentiments sont si sincères, et j'ai tellement renoncé à la conquête de Ja Silésie et aux illusions de l'ambition, que je sacrifierai le comté de Glatz, s'il le faut, pour obtenir une paix qui soit honorable sur les autres points, qui satisfasse mes alliés et principalement la France. Mais quelque désir que j'en aie, je crains bien que nous ne puissions y réussir, et que Volre cour ne se trompe dans l'espérance qu'elle à d'Y parvenir, quand j'y aurai donné mon consentement . »

Le comte de Choiseul, en transmettant le récit de Moi tazet, ajoute qu'il croit à la sincérité du langage de l'Im pératrice; 1l attribue son découragement À tie convét sation de deux heures qu'elle avait eue la veille avec Daun; le maréchal, qui n'avait jamais compté sur li succès, ne faisait pas mystère de son opinion sur la nécessité d'entrer en pourparlers avec les ennemis. Autre symptôme significatif, la princesse avait manifesté son

Réplique à la réponse d’Autriche, 1 décembre 1760, Affaires Etrangères.

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