CHOISEUL VEUT FAIRE INTER VENIR LA RUSSIE
qu'une conception provisoire qui pourrait être modifiée selon l'appui ou l'opposition qu'elle rencontrerait à Pétersbourg et à Vienne, Dans le mémoire français, à peine quelques lignes étaient-elles consacrées au traité particulier entre la France et l'Angleterre : « Ce n'est pas, écrit Choiseul au comte, que je ne sente fort bien que nous pouvons tirer quelques avantages visà-vis des Anglais de la position des armées du Roi en Allemagne, mais j'ai cru ne pas faire sentir d'avance aux alliés nos justes prétentions à cet égard, »
Le comte de Choiseul, qui avait été autorisé à « proposer telle modification que sa connaissance du milieu pourra lui suggérer », ne releva aucun changement à fair. aux documents expédiés de Paris et les communiqua tels quels (1) à Kaunitz. Celui-ci n'avait pas oublié les compliments de Choiseul; aussi trouva-t-il la déclaration « très honnête, très onctueuse et pleine d'une réciprecité d'amitié ». En fait de critique, il se borna à remarquer qu'il s'était attendu à plus de détails « sur les moyens de parvenir à la pacification ». Quant à l’Impératrice, elle était devenue chaude partisane de la paix : « L'année passée, avait-elle dit à Montazet, le mot de paix me blessait l'oreille, je n'osais moi-même le prononcer; aujourd'hui, je la désire autant que je la craignais alors; c'est ainsi que va le monde. » Elle allait jusqu à traiter de chimère la conquête de Silésie. Favorablement impressionné par le changement qui s'opère autour de lui, l'ambassadeur arrange tout à sa facon : l'Autriche se désistera de la Silésie et, en dernier lieu, du comté de Glatz; la Russie abandonnera la Prusse royale. La Suède, en amie désintéressée, ne réclamera rien; le roi de Pologne devra se contenter de recouvrer son électorat.
Beaucoup moins optimiste, le due de Choiseul doute fort
(1) Comte de Choiseul au due, 15 décembre 1760. Affaires Étrangères.