MARCHE PARALLÈLE DES DEUX ARMÉES
ville neuve n'avait encore rien souffert du tout, que le palais du Roi avec tous les bâtiments qui en dépendent dans la vieille ville ni la plupart des maisons de considération n'avaient été incendiés. »
Dès le 31 juillet, Daun, se conformant au mouvement du Roi, avait posté le gros de ses forces à Bischoffswerda, sur la route de la Lusace; il laissait en Saxe l’armée des Cercles et un corps autrichien de 9 bataillons et de 3 régiments de cavalerie. Le duc de Deux-Ponts, qui avait le commandement supérieur de ces troupes, aurait, sans compter la garnison de Dresde, 25.060 hommes à opposer aux 12.000 de Hülsen. A partir du 2 août commença, entre l’armée royale et les Impériaux, une lutte de vitesse; ce fut à qui arriverait le premier sur les bords de la Katzbach. Ce cours d’eau, célèbre dans les annales du xvin' et du début du xix° siècle, prend, on le sait, sa source dans les montagnes de la frontière de Bohême, dessert les villes de Goldberg et de Liegnitz, et se déverse dans l'Oder en aval de Parchwitz. La jonction des Russes et des Autrichiens devant s'effectuer dans la contrée comprise entre la Katzbach et le Weisbritz, et, par conséquent, à l'est de la première, le général de Marie-Thérèse attachait la plus haute importance à prévenir son adversaire ; grâce au point de départ initial, il avait moins de distance à parcourir; mais Frédéric le serra de près. Depuis le 3 août jusqu’au 7, les Prussiens marchèrent sans discontinuer; le 7 au soir, ils étaient à Bunzlau; ils avaient semé du monde en route, mais en cinq jours ils avaient franchi 143 kilomètres, soit près de 30 kilomètres par jour; quelque rapides pour l’époque qu’'eussent été les étapes, elles avaient été ralenties par la nécessité de transporter quinze rations de pain par soldat et de trainer un gros convoi de munitions. Les Prussiens étaient distribués en trois colonnes (1),
(1) Voir à ce sujet l'article du capitaine Webern, Beihef! zum Militär. Wochenblatt, Berlin, 1897. :
correspondant aux deux lignes et à la réserve, formations classiques d'alors; entre les colonnes étaient répartis les batteries et le parc d'artillerie. Toutes les dispositions étaient prises pour le déploiement en bataille, précaution nécessaire, car l'itinéraire des Autrichiens était pour ainsi dire parallèle à celui des troupes royales. C'est à propos de cette circonstance que Frédéric a écrit : « Un profane aurait pu croire que toutes les troupes obéissaient à un seul chef. Beck aurait été l'avant-garde, Daun et moi le corps d'attaque, et Lascy l’arrière-garde. » Malgré cette proximité dangereuse, il n’y eut pas de rencontres sérieuses, mais la vitesse de l'allure et la chaleur de la saison augmentèrent beaucoup le nombre des trainards et fatiguèrent le soldat. Pendant la jeenée du 8 août, que l’armée prussienne consacra à un s indispensable, les Autrichiens reprirent ledevantetg. ent larivedroite de la Katzbach. Le lendemain 9, on se remit en marche; le Roi venait d'apprendre que le prince Henri avait forcé Laudon à lever le siège de Breslau, mais qu'il avait repassé l'Oder afin de s'opposer aux progrès des Russes qui menaçaient cette ville.
Le 9 au soir, les Prussiens étaient au bivouac autour du village de Hohendorf, au bord de la Katzbach, entre Goldberg et Liegnitz. « L'armée de Daun, raconte Mitchell (1), unie aux corps de Laudon et Beck, était campée sur les hauteurs, en face de Hohendorf, n'ayant entre elle et les Prussiens que la Katzbach, un petit ruisseau avec berges escarpées, ressemblant à un fossé ordinaire; les factionnaires des deux armées étaient à portée de pistolet l’un de l'autre. Comme nous nous attendions à être attaqués, nous restâmes sur le qui vive toute la nuit. Sa Majesté Prussienne me dit qu'il se battraït le lendeinain matin ou qu'il continuerait sa marche sur Liegnitz. » L’intention du Roi était,
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