CHOISEUL DÉFEND L'IDÉE D'UN ARMISTICE
miné avec Starhemberg (1) les termes de l'armistice et la manière d'entrer en rapport avec le cabinet britannique. L'Autrichien avait suggéré, comme premier intermédiaire, le Génois Sorba (2) qui se rendait en Angleterre, mais Choiseul penchaïit pour une ouverture plus directe : « Au surplus, écrivait-*" (3), quand les alliés seront d'accord, tous les moyens seront bons pour faire parvenir à Londres notre détermination, et une lettre de ma part à M. Pitt remise par le ministre de Russie à Londres serait encore meilleure que la voie de M. d'Yorck et du prince de Brunswick. Nous avons une petite raison pour exclure dans ce moment la Ilaye, outre que nous ne nous en sommes pas bien trouvés l'année dernière. C'est que les démarches sont connues en Hollande au moment où elles se font, que chacun y laisse aller son imagination sur la politique comme dans un café. » Le ministre français revient encore sur la suspension d’hostilités : « Il est fort à craindre que l'Angleterre n'acquiesce point à cette demande et pour lors, il est inutile de la discuter. Mais je ne peux pas présumer que les alliés de S. M. s’y refusent. La France a dans les deux guerres un avantage réel à la suspension d'armes; elle est aussi avantageuse à la Russie; la Suède est dans un état passif, soit que la suspension ait lieu ou non; il ne reste donc que la Cour de Vienne qui: 1° selon les règles de la justice doit se prêter aa vœu commun de l'alliance; 2° dans son propre intérêt, En effet, la kussie et la Suède prendront prétexte des négociations pour ne rien faire; la France restera sur la défensive. L'Autriche sera seule aux prises avec le roi de Prusse », et en cas de malheur « il serait à craindre
(1) Starhemberg à Kaunitz, 29 janvier 1761. Archives de Vienne,
(2) Starhemberg ne nie pas le propos, mais lui conteste toute signification officielle, Sorba ne fit pas le voyage.
(3) Duc de Choiseul au comte, 18 janvier 1761, Affaires Étrangères
qu'elle n'eût pas même le comté de Glatz pour dédomk 1} 1 magement de la guerre présente ».
| A la grande satisfaction de l'envoyé français, Kaunitz, sans attendre l’arrivée du courrier qui lui apportait la l dernière argumentation de Choiseul, accepta (1) le prin- |
cipe d’un armistice de six mois, mais par contre, il se | refusa absolument (2) à admettre le concept des deux || congrès ou plutôt des pourparlers simultanés à Paris et A | à Londres : «J'ai éludé etadouci, écrit l'ambassadeur, tout
WA ce qui pouvait présenter l’idée d'une négociation conduite par S. M. et le roi d'Angleterre. Mais M. le comte de | Kaunitz a regardé ces deux congrès comme une fiction; il a cru que c'était un masque pour faire passer notre projet de négociation particulière; et que dans l'apparence et la réalité il n'en serait pas moins vrai que les cours de Versailles et de Londres seraient les arbitres de la paix, et qu'elles en dicteraient les conditions à leurs alliés. Je crois, Monsieur, avoir employé toute l'adresse possible pour éloigner ce point de vue et pour endormir la vanité de ce ministre, mais elle est trop vigilante ct trop éclairée pour se laisser abuser, »
Néanmoins, de part et d'autre, on était entré dans la voice des concessions; travaillé par Starhemberg qui soutenait la thèse de son gouvernement, Choiseul se rallia à « un projet dedéclaration (3) à faire à nos ennemis où les deux idées seront exprimées et où on leur laisserait le choix du congrès général ou des deux congrès particuliers ». A l'offre de l'alternative était jointe la proposition d'une suspension d'armes dans toutes les parties du monde. Pour les conditions de l'armistice le ministre français s'en rapportait aux puissances ennemies : « laquelle suspension
(1) Comte de Choiseul au due, 19 janvier 1761. Affaires Étrangères. (2) Comte de Choiseul au duc, 28 janvier 1761. Affaires Etrangères. (3) Projet de Déclaration, 31 janvier 1761. Affaires Etrangères.