‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 234 sur 332 · CONVERSATIONS DE BRETEUIL AVEC WORONZONW · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS DE BRETEUIL AVEC WORONZONW

de la représentation francaise, elle s'était simplifiée par le départ de Lhopital qui céda définitivement la place à son coadjuteur Breteuil. À ce dernier incomba la tâche d'exécuter les instructions quelque peu divergentes de son chef et de surmonter les obstacles inhérents à l’incohérence de la politique russe. La conduite suprème des affaires extérieures appartenait à la Tzarine Élisabeth. Celle-ci inalade, plus affectée au moral qu'au physique, s'enfermait dans son palais, refusait toute audience aux diplomates étrangers et restait invisible, même pour ses ministres, pendant des semaines entières; mais en dépit de défaillances de plus en plus fréquentes, elle n'entendait pas abdiquer et faisait sentir son autorité de temps en temps. Deux hommes d'état étaient à la tête du gouvernement : l’un, le chancelier Woronzow, timoré, faible, vénal jusqu'à recevoi: les subsides des cours les plus opposées, ayant du bon sens, de l'expérience, et jouissant, grâce à l'habitude plus qu'à la c:: fiance, de quelque influence auprès de sa souveraine ; le second, le chambellan Schouvalow, favori de l'Impératrice, riche au point d'être incorruplible, vaniteux, mais fort des facilités que lui procuraient sa fonction et son intimité. En dernier ressort, les affaires étaient soumises à la conférence que présidait parfois la Tzarine et qui était composée en majorité d'amis du favori.

Aussitôt la communication officielle, faite le 2% janvier par Lhopital, des propositions françaises, Breteuil (1) s'élait abouché avec Woronzow et s'était conformé au programme que lui avait tracé Choiseul. Il s'agissait d'amener la Russie à prendre l'initiative d'une invitation adressée à la France d'avoir à se charger de l'ouverture et de la direction des premières négociations en vue de la paix. Pour s'assurer le concours du chancelier, Breteuil

(1) Breteuil au duc de Choiseul, 30 janvier 1761. Affaires Etrangères.

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14 eut recours aux moyens de corruption qui avaient été mis ! à sa disposition.

La scène est typique : « Je lui ai donc dit, après un grand préambule sur les sentiments et l'estime du Roi pour lui, que j'avais ordre de le prier d'accepter la re- mise en entier de la somme que le Roi lui avait prêtée. Le chancelier à été un peu déconcerté de cette proposition. Je vous avoue que je l’étais beaucoup plus que lui. A: C'est la première proposition que je fais de cette nature, et je craignais qu'il n’en fût blessé, quoique j'y eusse mis toute la politesse que Je croyais nécessaire; cepen- * (4 dant, comnie il s’est contenté de me balbutier quelques d mots quine signifiaient point un refus, je me suis remis Hi de mon embarras, et je lui ai dit que le Roi attendait de | son attachement qu'il recût cette faible marque de sa satisfaction, que Sa Majesté connaissait trop sa délicatesse et son extrème probité pour ja lui faire proposer, s'il s'asissait de l'engager dans quelque démarche, mais que ; le Roi n'ayant rien à exiger de son zèle que le maintien S | et l'accroissement de son union avec l'Impératrice, Sa Ma-

| jesté se trouverait offensée s’il se faisait un faax scrupule | sur cet objet. Le chancelier s’est à peu près laissé aller à cette démonstration; il m'a parlé de sa reconnaissance, de sa fidélité, de son zèle, de son respect, de son amour pour le Roi, et il m'a prié de le mettre aux pieds de Sa Majesté; mais qu'il la suppliait de ne pas lui faire des gràces aussi considérables; qu'il serait temps à la paix si elle se concluait d'une façon qui lui fût agréable, et qu'il füt assez heureux pour ÿ contribuer. Quand j'ai vu, Monseigneur, qu'il ne se débattait que sur l'époque. : j'ai cru pouvoir, et même devoir lui faire envisager sans de trop grandes précautions, de plus grands bienfaits si tout ce qui dépendait de lui se trouvait terminé pramptement et à la satistaction de Sa Majesté, Je ne me suis pas expliqué clairement sur la somme; j'ai parlé seule-

à LA CONFÉRENCE SE PRONONCE POUR LE PROJET AUTRICHIEN. 475 mis | ment en général, mais cependant d’une facon positive. » De Woronzow qu'il croyait acquis, Breteuil courut chez s un Schouvalow; il le trouva très poli dans la forme, mais Roi peu sensible à ses arguments. La séance de la confécence À r'e- - eut lieu le leudemain. Au dire du chancelier, dont le tée. témoignage semble suiet à caution, en dépit de ses efforts 0N0- la solution autrichienne, favorable à la réunion d’un con- > lui. | grès et contraire à une suspension d'armes, eut le dessus. ure, A Notre Français ne se tient pas pour battu ; il accuse (1) Wo- °usse ronzow de faiblesse ; il lui fait comprendre que 300.000 pen- * livres seraient la récompense de ses efforts pour décider ques L ’mpératrice à entrer dans le seul plan utile à son empire emis ct au repos général. « Le chancelier, ajoute-t-il, ne les a it de | pas acceptées, mais il ne les a pas refusées et je crois le sa d que cet espoir paiera pour nous, » Deux jours après, il tesse fallut en rabattre : « Je désespère, écvit-il à Paris (2), de , sil pouvoir amener ces gens-ci à inviter le Roi à faire au que - nom de l'alliance les premières ouveriures de paix à nos tien À ennemis. J'ai tout employé pour parvenir à ce but, muis Ma- je crois avec douleur que c’est en vain que je me flatterai pule plus longtemps. » Le chambellan est archifaux ; Woronzow er à ne voit pas l'Impératrice, Schouvu.cw la voit : « La rée, de ponse de la Russie, au sacrifice de la Prusse près, ne reri- Jour plira aucune des intentions du Roi; j'en suis désespéré. Ma- Les premiers moments m'avaient donné plus d'espérance grà- et mes moyens pécusiaires qui étaient de 800.000 livres x Si les avaient soutenues, mais tout tremble et cède à l'opi- , el nion du chambellan surtout depuis que l'Impératrice devu, L, vient invisible au reste de ses ministres où courtisans. » que, Li La réponse officielie de la cour de Pétersbourg, qui Sais | porte la date du 2/13 février (3), constituait en efïet un is si échec pour les premières idées de Choiseul, mais à peine

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suis (t) Breteuil au duc de Uhoiseul, 4 février 1761. Affaires Etrangères. (2) Breteuil au duc de Choiseul, 6 février 1761. Affaires Etrangères. ule- (3) Réponse de la Russie, 2/13 février 1751. Affaires Etrangères.

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| avait-elle été communiquée à Breteuil que ce’ dernier Pr. reçut (1) une dépêche de son chef, lui donnant ordre de ù soutenir le système des deux congrès combinés avec un armistice. La lutte s'engagea à nouveau entre les représentants des cours de Vienne et de Versailles. Esterhazy, conformé »ntaux instructions de Kaunitz, préconisait le congrès unique, repoussait la négociation double à Londres et à Paris et n’admettait qu'une suspension de six mois à partir de fin janvier. Breteuil recommence ses intrigues; il croit être sûr de Woronzow; quant à Schouvalow qui aspire à être le mécène de laRussie, ilespère l’entrainer par la 1h promesse d’une « place dans l’une de nos académies des À Sciences ou des Belles-Lettres ». Cette fois, le succès couronna, au moins partiellement (2), les efforts de l’infatigable diplomate. La conférence accepta les deux congrès comme moyens de négociation préliminaire avec renvoi au congrès définitif. Point important, l'ambassadeur de Russie il à Londres, le prince Galitzin, serait invité (3) à servir ‘1 d'intermédiaire pour les ouvertures pacifiques que Choïiseul devait faire à la cour britannique. Quant à l’armistice, la Russie maintenait son opposition à cette mesure.

Breteuil exulte (4) et constate avec satisfaction le mécontentement d'Esterhazy; il fait l'éloge de Woronzow qui s’est bien conduit, mais qui pourra attendre son cadeau jusqu’à la paix. Il en sera de mème pour Wolkoff, secrétaire de la conférence. « Si le premier plan de négo- , ciation particulière confiée au Roi avait eu lieu, je lui aurais donné 200.000 livres, mais il n'est pas question de cela aujourd'hui; il n’est pas même nécessaire de lui Ç rien donner ‘ncore. Il met une sorte de décence dans son |

ol (1) Breteuil au duc de Choiseul, 15 février 1761. Affaires Étrangères. | (2) Peuxième réponse de la Russie, 9/20 février 1761. Affaires Etrangères. (3) Woronzow à Galitzin, 9/20 février 1761. Affaires Étrangères. (4) Breteuil au due de Choiseul, 22 février 1761. Affaires Étrangères.

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