SCÈNES MOUVEMENTÉES ENTRE CHOISEUL ET STARHEMBERG
Si l’insistance de la cour de Vienne en faveur du congrès général s'explique par l'espoir <’y jouer un rôle prépondérant, ilest malaisé de comprendre les motifs de sa résistance aux termes proposés pour l’arriistice. En effet, contrairement à ce qui avait eu lieu les années précédentes, les préparatifs pour la prochaine campagne s’effectuaient avec une lenteur que venait de souligner la nomination au commandement en chef du maréchal Daun, dont les opinions pacifiques n'étaient un secret pour personne. « On ne me croit pas apparemment, avait dit l'impératrice à Montazet (1), l'esprit assez inconséquent ni la tête assez mauvaise pour choisir un général qui ne me laisse aucun espoir de succès et qui m'a déclaré qu'il ne voyait rien de bon à faire, si j'avais encore la prétention de faire des conquêtes. »
Aïnsi que l'avaient prévu, chacun de son côté, le comte de Choiseul (2) et le comte de Starhemberg(3), le cabinet de Versailles céda sur l'alternative : « Sans entrer davantage, écrit le duc (), sur la convenance d’un congrès général ou de deux congrès, le Roi, pour marquer sa déférence à l’Impératrice Reine, accepte le projet de déclaration qui vous a été remis par M. de Kaunitz à l'exception de la suspension d'armes » qu’on propose de limiter à un an à partir du 1° avril. L'adoption du congrès général devrait être subordonnée (5) à « la condition que pendant l'armistice, les puissances en guerre seraient libres d’envoyer des ministres comme étant une suite et naturelle et nécessaire du congrès», à l’effet de permettre aux cours «de se communiquer directement leurs véritables intentions ».
(1) Comte de Choiseul au due, 15 février 1761. Affaires Étrangires. (2) Comte de Choiseul à Breteuil, 15 février 1761. Affaires Étrangères. (3) Starhemberg à Kaunitz, 9 et 13 février 1761. Archives de Vienne. (4) Duc de Choïseul au comte, 22 février 1761. Affaires Étrangères. (5) Note particulière du duc de Choiseul, 22 février 1761. Affaires Étrangeres.
Se 1e
Ces concessions n'avaient été consenties qu'après des discussions des plus aigres; car le diapason des conversations du duc de Choiseul avec Starhemberg ne différait guère de celui des entretiens de Kaunitz avec l'ambassadeur français. La scène entre ces derniers, relatée dans la dépêche du 15 février, eut son contre-coup dans le cabinet du ministre des affaires étrangères. Dans son rapport (1), Starhemberg se fait un mérite de la patience, du sang-froid et du flegme un peu dédaigneux qu'il opposa aux emportements de langage, aux accusations outrageantes, aux sorties violentes de son interlocuteur. Que Choiseul eût donné à ses griefs vis-à-vis de la cour de Vienne une forme outrée et même blessante, ce que nous savons de ses procédés de discussion et d'un tempérament qu'il savait exagérer à l'occasion nous porte à le croire, mais la plainte en elle-même était fondée. On venait de recevoir les dépêches de Broglie annonçant l'échec de Langensaltza et la retraite sur Francfort; le général français attribuait ces fâcheux événements au mouvement des Prussiens et à l’inaction de l’armée autrichienne de Hadick. Le second grief du ministre français avait trait aux refus répétés que Kaunitz avait opposés à ses propositions et à l'attitude hostile de celui-ci à son égard, Avec quelque raison, Starhemberg reprochait à son collègue français de Vienne de reproduire trop exactement les propos de son chef et d’envenimer ainsi inutilement le débat; l’insinuation est peut-être justifiée, mais il suffit de parcourir les longues dépêches expédiées de Paris par l’Autrichien pour voir qu’elles n'étaient pas non plus rédigées de facon à dissiper les conflits inévitables entre deux hommes d'État qui, très différents de caractère et de tempérament, étaient aussi volontaires et susceptibles l'un que l’autre.
(1) Starhemberg à Kaunitz, 2 mars 1761. Archives de Vienne.
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