‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 332 · LES DEUX ARMÉES SUR LA KATZBACH · texte numérisé non relu

LES DEUX ARMÉES SUR LA KATZBACH

en effet, de franchir la petite rivière, de percer par Jauer, et d'occuper les hauteurs de Striegau, d'où il aurait pu communiquer avec Schweïdnitz; mais reconnaissant que la position prise par l'ennemi lui interdisait la réalisation de ce projet, il se tourna vers Liegnitz. Les troupes s'ébranlèrent le 10 août, à 5 heures du matin; ce départ fut imité par Daun qui leva son camp et longea la rive droite de la Katzbach. Pour le spectateur, les Autrichiens avaient l'air de former une quatrième colonne prussienne, si réduit était l'intervalle qui les séparait. Montazet éprouve les mêmes impressions : « Notre marche d'aujourd'hui a été un spectacle unique, puisque l’ennemi et nous avons cheminé à la même hauteur, toujours à vue, et souvent à la petite portée du canon. Comme les deux rives de la Katzbach sont exhaussées et point boisées, nous avons eu de part et d’autre le plaisir de voir nos mouvements qui ont été parfaitement exécutés. »

Avant d'entamer le récit des manœuvres fort compliquées qui précédèrent la bataille de Liegnitz, essayons de nous rendre compte de la situation respective des armées rivales à la date du 10 août. A Legnitz, sur la rive gauche de la Katzbach, le roi de Prusse, à la tête de ses 38 bataillons et 78 escadrons venus de Saxe, soit, défalcation faite des malades et des trainards, environ 38.000 combattants; en face, sur le bord opposé, depuis Parchwitz jusqu'à Goldberg, 80.000 Autrichiens, composés de l'armée principale et des corps de Lasey, Laudon et Beck, qui avaient rejoint successivement. A quelque distance, au delà de l'Oder, la grande armée russe était campée depuis quelques jours, entre Protsch et Auras; sur la même rive du fleuve, observant les Russes, le prince Henri dont les 42 bataillons et les 74 escadrons étaient au bivouac, dans la banlieue de Breslau.

En résumé, et en dépit des hésitations du général russe, la perspective pour les armes des Impératrices était bril-

lante et Montazet le constatait (1) avecsatisfaction : « Nous nous somnes campés vis-à-vis de lui (le Koi) sur les débouchés de Liegnitz à Breslau et à Jauer. M. de Laudon qui canipe à notre droite a été chargé de faire occuper Parchewitz depuis hier au soir et de renforcer ce poste aujourd’hui. M. de Lascy doit prendre ce soir sa position entre Goldberg et notre gauche, par conséquent, nous voilà les maîtres absolus de la Kaïzbach et le Roi ne peut plus se flatter de se réunir au prince Henri, puisque ce dernier est campé sous Breslau. » Restait la question du con’ours des Russes : « A présent que nous tenons la Katzbach et que nous couvrons leur passage, ils ne peuvent refuser de venir nasser l’Oder à Lebus..….. sans affecter une mauvaise volonté que je ne veux pas leur supposer. »

A Liegnitz, le Roi ne séjourna pas longtemps; rangées sur la rive droite de la Katzbaches les forces autrichiennes É luibarraient la route de Parchwitz et de Breslau. « Les cir- + constances où je me trouve, écrit-il (2), sont toujours très critiques; je ferai en sorte de gagner cette nuitune marche sur l’ennemi, pour le devancer à Jauer. » Ce projet n'eut pas plus de succès que le précédent; quand les têtes de É colonnes s'approchèrent de Hohendorf, elles azerçurent o de l’autre côté de la Katzbach un campement ennemi; À c'était Lascy qui venait de s’y installer. Frédéric, jugeant impraticable le passage direct, remonta la rivière jusqu'à Goldberg. Profitant du répit que lui procura ce détour, le général autrichien sut tirer un tel parti du terrain, qu’il put 5e retirer sur le gros du maréchal Daun ë sans étre entamé. Les deux armées s’établirent : celle du Lo: Roi à Seichau, celle de Daun à Herensdorf et Schlaup. D'après Mitchell, ce fui la nécessité d'attendre les ba-

(1) Montazet à Choiseul, Ykols, 10 août 1760, Affaires Étrangères. + (2) Frédéric à Ferdinand, Liegnitz, 10 août 1760, Corresp. Polilig., XIX, à P. 541.

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1h FRÉDÉRIC À SEICHAU, 47 | | « Nous gages et le convoi qui donna à Daun le temps de detiner . ( débou- les intentions des Prussiens et de leur couper la route 1 on qui de Jauer. Il fait de la situation le récit suivant (1) : 14 'arche- Voyant son plan manqué, Frédéric, après avoir tenu ses [4 ujour- soldats sur pied pendant 16 heures, « fixa son quar- 1! \ entre tier général à Seichau, un très petit village dans les mon- { ilà les tagnes, entouré de collines de tous les côtés et éloigné it plus de Jauer d’environ 1 1/2 milles allemands. Au cours de ce der- à la soirée, les Autrichiens bivouaquèrent sur plusieurs des É ion du hauteurs, très près du camp prussien, dont ils n'étaient ons la À séparés que par un profond ravin. Pendant la matinée du e peu- 12, on apprit, vers 8 heures, que l’ennemi essayait de | ins af- ‘ nous tourner; on abattit aussitôt les tentes, l’armée se 1} is leur | rangea en ordre de bataille et on expédia les bagages à | Prausnitz à un demi-mille allemand sur le chemin de Sei- ni. angées chau à Goldberg. » Ces préparatifs avaient pour cause 14 iennes ‘ les manœuvres des Autrichiens qui semblaient indiquer [à es Cir- " le dessein « de nous déborder du côté de Goldberg, seule (| rs très issue qui nous restait pour sortir de ce mauvais camp. ( narche Déjà, parmi les officiers, on commençait à dire tout bas RE t n'eut 4 que si le roi de Prusse ne se mettait pas immédiate- HE tes de À ment en mouvement, la suite serait un second acte de l curent LE, | l'affaire de Maxen; nous n'avions alors que quatre jours de i nemi; 1 pain pour l’armée et nous étions dans l'impossibilité de j}! c, ju- k nous en procurer tant que nous resterions dans le camp 1 ivière 74 actuel, » Les patrouilles de cavalerie, envoyées à la dé- | ira ce Ë. couverte, rapportèrent qu'il n'y avait rien de nouveau ti du à dans les parages de Goldberg ; le Roï fit rétablir le campe- RL: Daun ke ment et Mitchell, beaucoup moins rassuré que le monar- Nin le du E que, passa son après-midi à détruire « tous ses chiffres l. ! p. 4 et autres documents importants ». Il s'avoue convaincu, ‘4h s ba- d'après ce qu'il avait vu, que si l’armée avait été atta- il } Lo) quée, il eût été tout à fait impossible de sauver les ba- 4 ,, XIX, 1 L !

LE. ! 1. Mitchell à Holdernesse, lettre déjà citée. j'

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gages. Vers 6 heures du soir, le Roi, qui ne se faisait aucune illusion sur les dangers auxquels il était exposé et qui avait compris coinbien il serait difficile de tourner la position ennemie, poussa le général Bülow vers Goldberg, pour ouvrir la route, et bientôt après, mit le reste de ses troupes er branle.

« L'armée, rapporte Mitchell (1), continua sa marche pendant toute la nuit dernière (celle du 12 au 13), et repassa heureusement la Katzbach vers 1 heure du matin. Il y eut beaucoup de confusion dans la colonne que j’accompagnais, mais je n’entends parler d'aucun accident grave. Par contre, la marche a été excessivement émouvante et fatigante, car elle a duré 16 heures, avant que la tête de colonne n’arrivât à Liegnitz, où l’armée reprit son ancien camp... On me rapporte que nous avons été suivis pendant la retraite par quelques centaines de hussards qui nous ont donné très peu de mal et que nous n'avons perdu que quelques pièces de canon par suite des avaries survenues au matériel et dues à la faute des guides qui se sont trompés de route dans l'obscurité de la nuit. »

A Seichau, le maréchal Daun laissa échapper une occasion favorable qu’il ne devait pas retrouver; au dire de Montazet, la journée du 12, dont nous venons de relater ies incidents, se passa en reconnaissances que le général en chef se proposait de renouveler le lendemain. Entre temps, les Prussiens, par leur retraite de nuit, étaient sortis du mauvais pas. Il y a peu de doute sur le péril couru à Seichau : «Il n’est guère possible, écrit Gaudi (2), de trouver un camp plus mauvais et plus dangereux; les troupes étaient entourées de montagnes, séparées par des défilés au travers desquels où ne pouvait pas ouvrir des communications, et si enchevêtrées que, dans le cas d’une

(1) Mitchell à Holdernesse, lettre déjà citée. (2) Journal de Gaudi, cité dans la Geschichte des Siebenjährigen Kriegs, IV, p. 83.

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