KAUNITZ ACCEPTE LA LETTRE A PITT
s'était manifestée si ouvertement ». Après un échange des récrimiuations habituelles, l'ambassadeur lui fait entendre que « s'il s'opiniâtrait à refuser son consentement à la démarche que je lui proposais, j'étais persuadé, Monsieur, que vous passeriez outre, parce que nous étions dans une position qui ne nous permettait pas d'avoir égard à d'aussi mauvaises difficultés, Je vous observerai, Monsieur, que M. de Kaunitz ne s'est point fâché, qu'il était assez doux, et qu'il avait l'air de chercher des expédients pour nous satisfaire, mais toujours en éludant cette lettre qui le blessait sensiblement ».
Longtemps, la conversation se poursuivit sans résultat. Enfin, notre envoyé se décida à mettre sous les yeux du chancelier la copie (1) de la lettre de Woronzow à Galitzin que venait de lui apporter le courrier de son collègue Breteuil. Le coup porta. Kaunitz « a encore bataillé pendant quelque temps, mais faiblement, et il a fini par me dire qu’il ne pouvait pas me donner une réponse positive sur une affaire de cette importance sans en parler à l'Impératrice.…., il ne m'a pas caché alors qu'il opinerait pour donner le consentement à la lettre; nous avons discuté ensemble la manière dont elle pourrait être tournée et il est convenu que la substance devait être la même que celle de la déclaration simple, c’est-à-dire la proposition d’un congrès, sans parler d’une suspension d'armes. Je ne sais, Monsieur, si vous approuverez tout ce que j'ai fait dans cette occasion, mais j'ai cru entrer dans vos vues et vous faire gagner un temps précieux en obtenant que l'Impératrice vous autorisât à écrire à M. Pitt. je compte que nous n’aurons la réponse de la Russie sur le projet de déclaration (2) que dans 15 jours, et 15 jours gagnés dans
(1) Le comte de Choiseul, comme on l'a vu, était tenu au courant, par son collègue Breteuil, de la marche des négociations à Pétersbourg.
(2) Projet sur les termes duquel les cours de Vienne et de Versailles étaient d'accord et qui avait été envoyé à Pétersbourg.
A er eo gun
les circonstances présentes ne m'ont pas paru indifiérents. Je pense d’ailleurs qu'indépendamment de ce profit, c'est un grand avantage d'entamer une correspondance avec l'Angleterre, de l'aveu de nos alliés, et de prouver à M. de Kaunitz que ses idées ne font pas loi et que sa défiance et ses soupcons ne forment pas une barrière insurmontable »,
Le lendemain, Kaunitz vint dire à l'ambassadeur (1) que « l'Impératrice était d'avis, pour ne pas retarder les négociations de la paix, que M. de Starhemberg et vous, Monsieur, envoyassiez chacun de votre côté, mais en même temps, le projet de déclaration dont nous sommes d’accord, à M. le Prince Galitzin, en lui marquant que, s'il est autorisé par sa Cour, nous l'invitons à remettre au ministre anglais nos deux déclarations avec une pareille au nom de sa souveraine... L'Impératrice pense aussi que votre lettre, Monsieur, doit contenir toute la substance de hotre déclaration, en retranchant seulement l’article de la suspension ».
Un courrier partit le soir même pour informer Starhemberg (2) de l'entente intervenue, tandis qu'une nouvelle édition de la déclaration, revue et corrigée par Kaunitz et le comte de Choiseul, reprit le chemin de Pétersbourg.
Dans cette longue négociation dont les phases nous fournissent des aperçus intéressants sur les deux principaux acteurs, Uhoiseul, malgré lesconcessions qu'il avait été obligé de consentir, avait eu gain de cause. Il était parvenu, en dépit de Kaunitz, aa but qu'il avait recherché ; avec l’assentiment tout au moins tacite des deux cours impériales, il s'était approprié le rôle essentiel dans les pourparlers qui allaient s'engager : c'est lui qui serait le porte-paroles des puissinces alliées, qui tiendrait les fils,
(1) Comte de Choiseul au due, 13 mars 1761. Affaires Etrangères. (2) Kaunitz à Starhemberg, 13 mars 1761. Archives de Vienne, $
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