BOUTADES DE CHOISEUL
sauf à rendre compte, il est vrai, à un critique dont il n'ignorait ni l'esprit soupconneux, ni la blessure d'amourpropre. Kaunitz, en effet, dans sa correspondance avec Starhemberg (1), ne dissimule pas son échec, qu'il attribue à la politique russe qui s'inspire de la « fausseté la plus noire et des intérêts les plus égoïstes,... qui sacrilie au désir d’être agréable à la France et qui fait une fausse position à l'Autriche qui cest laissée en dehors des premiers pourparlers pacifiques ».
Il était temps que le consentement de la cour de Vienne arrivât à Versailles, car Choïiseul (2), furieux du contenu de la première réponse de la cour de Russie, mécontent de l'attitude des deux Impératrices, « refuse de se soumettre en esclave et au détriment de la puissance francaise aux volontés de nos alliés ». Il à conseillé au Roi d'agir par lui-même et « nos alliés prévenus, de suivre de concert avec la Suède les dispositions que Sa Majesté croira les meilleures pour parvenir à la négociation de la paix et force: les Impératrices par le fait à y acquiescer, puisque le raisonnement et la confiance ne peuvent rien sur elles ni sur leur conduite ».
L'ivritation du ministre de Louis XV s'était de nouveau traduite par des buutades, des accusations de mauvaise foi, des injures à l'adresse de la cour de Vienne. En pareille occurrence, Choiseul, à en juger par les rapports de Starhemberg, ne cherchait pas à se maitriser, il se laissait aller, peut-être par tactiaue et à bon escient, à des accès de colère qui n'avaient rien de diplomatique et desquels il était le premier à s'excuser le lendemain. Une anecdote relatée par Starhemberg (3) est caractéristique à cet égard : Lors d’une de ces interminables discussions, Choiseul s'était
(1) Kaunitz à Slarhemberg, 13 mars 1761. Archives de Vienne, (2) Duc de Choiscul au comte, 18 mars 1761. Affaires Etrangires. (3) Starhemberg à Kaunitz, 9 février 1761. Archives de Vienne.
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écrié : « Puisque vous voulez continuer la guerre, nous traiterons séparément notre paix avec l'Angleterre... Vous n'avez donc qu'à vous regarder comme prévenus dès à présent, car je vous préviens que c’est à notre intention ; oui, je vous préviens. » Starhemberg aurait répondu en o riant : « Je ne crois pas que vous me disiez cela, pour que je rende compte à ma cour... mais si pourtant vous le voulez absolument, je le lui manderai. — Oh! non, répliqua Choiseul en riant aussi, n'en faites rien. Nous n’en sommes pas là, et je ne me suis fâché qu'entre nous. » Il va de soi que tous les propos du ministre français étaient fidèlement rapportés à Vienne et qu'ils n'étaient guère de nature à plaire à Kaunitz qui, peu enclin à des empcrtements de même genre, leur cherche une raison tout autre que ee le tempérament de Choiseul : « LL duc dépasse, ecrit-il (1), toutes les bornes de la convenance et de la discrétion ; cela me porte à croire qu'il doit avoir conçu à nouveau l'espoir de remettre sur pied son grand projet de se rendre muitre de toute la négociation pour la paix et de réaliser sa proposition monstrueuse du double congrès. »
Pour se rendre compte du degré de tension auquel étaient arrivés les rapports entre les cabinets de Vienne et de Versailles, il fau‘ se rappeler que la prose de Kaunitz répondaitau langage que Choiseul avait tenu à Starhemberg quelques jours auparavant (2. Les deux hommes d'état à s’'entendaient sur an seul point : la dénonciation des procédés russes; Choiseul ne trouvait pas d'expressions trop dures pour qualifier la conduite de la Russie ; il était aussi sévère pour eile que Kaunitz. L'accusation de fausseté qu'ils étaient d'accord pour lancer, était, il faut l'avouer, justifiée, car les paroles de Woronzow variaient selon la nationalité de l'ambassadeur avec lequel il s’entretenait.
(1) Kaunitz à Slarhemberg, 29 mars 1761. Archives de Vienne. (2) Starhemberg à Kaunitz, 20 mars 1761. Archives de Vienne.
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