CORRESPONDANCE AVEC LE PRINCE HENRI
attaque, elles n'auraient pu ni s'assembler ni s'entr’aider. IL est vrai de dire que le terrain ne permettait pas de choisir un emplacement différent et, quant à rechercher un autre local que celui de Seichau, l'extrême fatigue de l'armée l’eût rendu impossible : hommes et chevaux étaient à bout de forces. » L’historien Tempelhoff ne partage pas, ilest vrai, ces impressions pessimistes. Mais, quand même la position de Seichau n’eût pas été assez abordable, dans l'esprit de Daun, pour autoriser une attaque, pourquoi n'avoir pas harassé la retraite de l’armée royale et n'avoir pas essayé de lui infliger un échec au passage de la Katzbach, que l’arrière-garde n’effectua qu’à la pointe du jour du 13 août, et avec la perte de deux canons et quelques centaines de trainards?
Aussitôt rentré à Liegnitz, Frédéric s’évertue à trouver un moyen de sortir de ses difficultés : 11 raconte (1) à son frère son expédition marquée vers Jauer, son retour dans son ancien camp et ajoute : « Tout ceci me fait naître une idée que, pour réussir, il faut que nous nous joignions et que nous agissions avec force contre un de mes ennemis, pour nous faire jour. » Jusqu'alors, il avait visé Breslau ou Schweïduitz: aujourd'hui, il projette de faire sa réunion avec le prince Henri par la rive droite de l'Oder; pour se ravitailler il tirera un convoi de Glogau, puis il traversera l’Oder « à un endroit qui s'appelle le Wobhlhausche Fischerhaus ». Si les Russes sont à Wohlhau comme il le croit, il s'efforcera de les tourner; s'ils n’y sont pas, « je passerai tout droit à Wohlhau; si Daun m'arrêtait en chemin, je ne puis vous répondre de ma marche en ce cas-là ; sinon, j'emploierai tous les moyens possibles pour me joindre à vous ».
A lire ces lignes, on comprend que le Roi était très
(1\ Frédéric à Henri, Liegnitz, 13 août 1760. Correspondance Polilique, XIX, p. 542.
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imparfaitement renseigné sur l'emplacement exact de Soltikoff et sur les probabilités de son union avec l'armée autrichienne. Or, à la date du 13 août, cette question, si longtemps débattue, paraissait devoir se résoudre conformément au vœu de l'état-major autrichien.
Deux jours avant la rentrée de l’armée royale au camp de Liegnitz, le quartier général des Russes était à Kuntzendorf (1). Ce fut là que l’attaché autrichien Plunkett remit à Soltikoff un mémoire (2) où il décrivait la situation stratégique de Daun, annonçait de sa part l'intention É d'attaquer le Roi avec toutes ses forces, y compris le corps J de Laudon, et transmettait la demande d'une active coopération. « Pour cet effet, le maréchal comte de Daun ne trouve pas de moyen plus efficace qu'en priant S. E. le maréchal comte de Soltikoff de passer l’Oder avec son armée, prenant sa position où elle trouvera convenable entre Leubus et Auras. » Daun s’engageait, au nom de sa cour, à pourvoir à la nourriture des troupes ‘À moscovites. Cette proposition ne fut pas acceptée, et à la D {Il suite d’un conseil de guerre auquel Plunkett assista, on De y substitua les résolutions suivantes : « 1° le gros de l’armée russe cherchera un camp dans ces environs ayant Militsch pour la subsistance; 2° si M. le. maréchal Daun permet au Roi de s'approcher de l'Oder, il faut que 1 M. de Laudon vienne au secours du maréchal Soltikoff; autrement, ne se trouvant pas en état de résister au Roi 3 d’un côté et au prince Henri de l’autre, il se verra obligé E de se retirer; 3° si M. de Laudon veut venir passer l’Oder à Leubus, il n'aura qu'à nommer son jour, S. E. poussera un corps à Leubus pour le recevoir; 4° si M. le maréchal Daun empêche le Roi de s'approcher de l'Oder, en ce
(1) Village à quelques kilomètres au nord de l'Oder. (2) Mémoire de Plunkett à Soltikoff et réponse de Soltikoff, Kuntzendorf, 11 août 1760, copies annexées à la dépèche de Plunkett à Kaunitz, Peterwilz, 17 août, Arch. de Vienne.