OPINION DE PITT SUR LES CONDITIONS DE PAIX
saisons et terminait par une phrase embronillée (1) qui ne fait pas l'éloge des connaissances du rédacteur en langue française : « 1] cn résulte nécessairement que la nature de pareilles opérations ne se trouve guère susceptible, sans trop de préjudice à la partie qui les emploie, d’autresépoques pour la fixation des conquêtes réciproques, que celles qui aient rapport au jour de la signature du traité de paix. Cependant, comme cette considération ainsi que celle qui regarde des compensations.. renferme la matière la plus intéressante et capitale du traité même.…., le roi de la Grande-Bretagne... pour démontrer avec plus d'authenticité l'étendue de la franchise de son procédé », serait disposé à recevoir à Londres « une personne suffisamment autorisée par un pouvoir du roi Très Chrétien » et à discuter avec cette personne les points soulevés par le mémoire du 26 mars.
Il est intéressant de connaitre, dès le début des conférences, le sentiment de Pitt sur les concessions essentielles à exiger de la France. Dans une conversation avec Newcastle (2), il les résume avec sa netteté habituelle : « Ne pas tenir compte de la position du Hanovre dans le calcul des compensations; exiger la cession du Canada et refuser le renouvellement du droit de pêche sur la côte de Terre- Neuve. » Sur ces points, son opinion est faite, mais il désire être renseigné sur celle de ses collègues avant l’arrivée de l'envoyé français. Quant au Hanovre et aux territoires des alliés allemands, il semble s’en désintéresser(3) en invoquant la dépense exagérée de la guerre continentale. Au contraire, il continuerait la guerre d'Amérique pendant six ou sept ans, s’il le fallait, pour imposer ses conditions à la France. Pitt termine l'entretien en affirmant « que s'il
(1) Pitt à Choiseul, 8 avril 1761. Record Office.
(2) Conversation de Newcastle avec Pitt, 10 avril 1761. Newcastle Papers.
(3) On venait de recevoir la nouvelle de la retraite désastreuse du prince Ferdinand.
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était en désaccord avec les autres membres du cabinet sur les conditions de paix ou sur un autre point, il demanderait à se retirer ». Ce langage volontaire répété au Roci n’était pas pour plaire à celui-ci ni aux collègues du cabinet, dont plusieurs étaient partisans d’un arrangement plus raisonnable.
Avant de rendre compre de la réponse de Choiseul, recueillons les premières impressions du roi de Prusse. Conformément aux arrangements intervenus, le roi de Prusse, alors en Saxe, reçut communication immédiate des ouvertures françaises et des pièces diverses qui constituaient l'entrée en matières. Il constate (1) avec quelque regret que la déclaration des puissances hostiles diffère de celle dont le projet avait été envoyé à Stockholm, « surtout par rapport à l'offre d'ane suspension d'armes, et il aurait toujours mieux valu que les affaires d’une pacification générale eussent été traitées principalement entre les cours de Londres et de Versailles ». Malgré ces réserves, il est heureux « que le premier pas soit fait ». Deux points le préoccupent : la conclusion d’un armistice moyennant lequel « les négociations de paix au congrès proposé auraient des apparences de succès au lieu que si les opérations de guerre vont leur train... le sort journalier des événements de la guerre changerait tout du jour au lendemain et que les difficultés pour convenir sur quelque chose se multiplieraient infiniment ». Le second point preud le caractère d’un ultimatum : « Il faut que vous inspiriez à présent aux ministres anglais... que je ne me prèterai de ma vie à céaer même jusqu’à un village.. et que ma ferme résolution est prise de re signer pas aucun traité de paix, à moins qu’il n’y fût mis pour base que je garderai toutes mes possessions en terres et en provinces, toutes coine elles ont été possédées de moi l’an
(1) Frédéric à Knyphausen et Michel, Meissen, 11 avril 1761. Correspcndance Politique, XX, 523.
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