‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 253 sur 332 · CHOISEUL ACCEPTE L'ENVOI D'UN PLÉNIPOT. À LONDRES · texte numérisé non relu

CHOISEUL ACCEPTE L'ENVOI D'UN PLÉNIPOT. À LONDRES

1756, avant le commencement de la présente guerre. » Cette condition « sine qua non » fut la pensée maitresse et unique de Frédéric; car, tout en donnant des conseils sur la conduite de la négociation, il laissa carte blanche à Pitt et n'intervint que pour rappeler, en termes énergiques, le principe de l'intégrité de son royaume auquel il n’admettait pas qu'il fût porté atteinte.

A la lettre et au mémoire de Pitt du 8 avril, Choiseul répondit le 19. D'après la manière de voir de la cour de Versailles (1), l'entente sur la paix perticulière ne serait qu’un «cheminement vers la paix générale : « S. Majesté Très Chrétienne, était-il dit, compte assez sur ses alliés pour être certaine qu'ils ne cencluront ni paix ni trêve sans son consentement; elle n’a donc point entendu que la paix d'Allemagne püt être conclue séparément de celle de la France et de l'Angleterre ; et elle n’a proposé au voi de la Grande-Bretagne que la séparation de la discussion des deux guerres pour parvenir à une paix générale pour toutes les parties. » La question des époques était traitée dans des termes qui pouvaient prêter à l’'équivoque : « Le Roi Très Chrctien renouvelle la proposition qu'il a fait faire dans le premier mémoire, que les deux puissances restassent in statu quo de leurs possessions et de leurs conquêtes selon les époques indiquées dans ledit mémoire. Mais S. M. observe que le fond de la proposition est nécessairement lié avec les époques proposées, car on sentira qu'il pourrait arriver tels événements de part ou d’autre qui empêcheraient absolument l'acquiescement à l’uti possidetis si les époques s’éloignaient; etS. M. Très Chrétienne est d'autant plus fondée à réclamer sur le fond de la proposition, si le roi d’Angleterre n'acquiesce pas aux époques qui y étaient jointes, que l’on ne peut pas douter que ces époques ont été pro-

(1) Choiseul à Pitt, 19 avril 1761. Affaires Étrargères, Record Office.

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posées däns un temps qui n'était pas avantageux à la France. 1Lest certain que les conquètes réciproquesne peuvent être fixées que le jour de la signature de la paix ; mais il n'est pas moins certain que l’on peut prendre pour base de la négociation de cette paix la situation où les parties belligérantes se sont trouvées à telle ou telle époque de la guerre; c’est ainsi que le Roi de France a entendu la proposition qu'il a faite au Roi d'Angleterre et c’est d’après ce principe, si S. M. Britannique l’adopte, que S. M. Très Chrétienne enverra un ministre accrédité à Londres. chargé de pleins pouvoirs suffisants pour traiter avec les ministres du Roi de la Grande-Bretagne, soit sur le fond de la question, soit sur les compensations qui conviendront aux deux couronnes, ainsi que sur les intérêts de leur commerce et de leurs colonies. » Le mémoire annonçcait la désignation de M. de Bussy pour cette mission et manifestait l'espoir que S. M. Britannique déléguerait à Paris un diplomate muni de pouvoirs analogues. L'envoi d'un plénipotentiaire français à Londres avait été soumis par Choiseul à la conférence des ministres des puissances belligérantes. Seul, Starhemberg (1), faiblement appuyé par son collègue de Russie, avait fait à cette proposition une opposition qu'il n'osa pas maintenir de peur d'être accusé d’entraver la marche de la négociation. 11 dut se contenter d'enregistrer la promesse formelle du ministre français qu'il ne serait question à Londres d'aucun point relatif à la guerre avec la Prusse et que tous les inc1dents de la procédure seraient fidèlement communiqués à chacun des alliés. Malgré ce langage rassurant, l’ambassadeur ne dissimule pas ses inquiétudes ; pour les justifier, il cite un propos d’un membre du conseil, le maréchal d’Estrées : « Une fois l'Angleterre et la France d'accord, le congrès n'aurait besoin que de 8 jours pour finir sa besogne. »

(1) Starhemberg à Kaunitz, 18 avril 1/61. Archives de Vienne.

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