‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 258 sur 332 · QUESTION DES CONQUÈTES FRANCAISES EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

QUESTION DES CONQUÈTES FRANCAISES EN ALLEMAGNE

devra être concerté de manière qu'ils puissent se croiser à Calais. D'autre part, il écrit (1) à Galitzin quelques mots de remerciments auxquels il ajoute son appréciation sur l'issue des pourparlers : « Je suis bien éloigné, Monsieur, de penser que M. Pitt veuille sincèrement la paix, mais le Roi a eru qu'il ne lui était pas convenable... de ne pas faire de son côté et selon sa dignité tout ce qui était convenable pour prouver la bonne foi et la vérité de ses sentiments »; cependant il a peur que la prise probable de Belleisle ne devienne un obstacle insurmontable, « car je doute que le Roi soit dans l'intention de traiter avant que Belleisle lui soit remis ».

A Londres, la nouvelle de la mission de Bussy fut bien accueillie. D'après Galitzin (2), ni Pitt ni Bute n’osaient l'espérer ; les termes du mémoire francais du 19 avril et la mauvaise impression que devait causer l'expédition de Belleisle leur avaient fait craindre que la France ne revint sur ses premières ouvertures. À la suite d’une nouvelle correspondance entre les deux cours, il fut décidé que Stanley et Bussy se rencontreraient le 25 mai à Calais. Si l’on compare cette date à celle du 26 mars, l'on remarquera que deux mois avaient été perdus en préliminaires et que la cessation des hostilités subirait forcément un retard à peu près équivalent.

Avant de laisser partir nos diplomates, il convient de relever une conversation de Choiseul (3) avec Starhemberg au cours de laquelle fut soulevée, pour la première fois, un point dont l'importance deviendra capitale : celui des conquêtes françaises en Allemagne. La France pouvait-elle considérer ces territoires comme monnaie d'échange pour obtenir la restitution des colonies perdues? Interrogé à ce sujet, Starhemberg répondit qu'il lui était

(1) Choiseul à Galitzin, 4 mai 1761. Affaires Étrangtres. (2) Galitzin à Choiïseul, 11 mai 1761. Affaires Étrangères. (3) Starhemberg à Kaunitz, 28 mai 1761. Archives de Vienne.

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impossible de trancher un sujet aussi délicat; il était persuadé toutefois que jamais sa cour ne consentirait à mettre à la disposition de la France les pays conquis sur la Prusse par les armées royales; le cas était tout différent pour les contrées appartenant à l'Angleterre. Choiseul de répondre : « Vous convenez donc que toutes les conquêtes que nous avons faites ou que nous ferons en Allemagne sur l'Angleterre et ses alliés doivent être pour notre compte? — Sur l'Angleterre, oui, répliqua l'Autrichien, mais non celles que vous avez faites ou pourriez faire sur le roi de Prusse qui doivent être pour le compte de l'Impératrice. » 11 serait prématuré de rapporter le débat qui suivit ces déclarations; il nous suffit de constater que la question fut clairement posée de part et d'autre. Puis on passa aux pièces préparées pour Bussy qui devaient être soumises à Starhemberg; Choiseul lut à son interlocuteur un précis qu'il avait rédigé, dont il omit cependant certains passages et dont il altéra, à la lecture, quelques expressions. Starhemberg ne trouva pas grand’chose à critiquer dans l'édition revue et corrigée qui lui avait été communiquée. De son côté, Choiseul s’engagea à mettre sous les veux de l’ambassadeur les originaux des dépèches qu’il recevrait de son envoyé, et le chargea d'exprimer à Vienne toute sa reconnaissance pour le consentement donné à la mission de Bussy.

Examinons maintenant les instructions (1) dont ce diplomate était muni et qui portent la date du 23 mai. Le mémoire débute par l'historique des propositions : La cour de Versailles s'était prononcée pour deux congrès, l'un à Paris, l’autre à Londres, mais la cour de Vienne s'était opposée à ce projet; «et quoique dans le fond il lui soit impossible de ne pas sentir que des alliés subsidiaires sont tenus, à la paix, de suivre l'influence des alliés qui paient, l’Impératrice Reine a persisté dans le

(1) Instructions de Bussy, Marly, 23 mai 1761. Affaires Etrangères.

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