INSTRUCTIONS DE STANLEY
pas sur cet article sans avoir préalablement recu les ordres de sa Cour. » En ce qui concerne les acquisitions de l'Angleterre en Amérique et en Afrique, on prévoyait l'échange de Minorque contre la Guadeloupe, Marie-Galante et Gorée, et l'attribution à la France des iles neutres de Sainte-Lucie et Tabago. Le Canada et l'ile Royale et nommément Louisbourg seraient rendus en compensation « de la restitution que le Roi effectuera de ce que ses armées ont conquis sur l'Électeur d'Hanovre et sur les alliés en Allemagne ». L'attitude à prendre sur ces points ne serait pas d’ailleurs définitive; Bussy ne formulerait rien sur papier et s'appliquerait à obtenir de l’Angleterre des « propositions catégoriques et par écrit ». En outre, il reclamerait la restitution des prises faites par la marine anglaise avant la déclaration de guerre ou l'octroi d’une indemnité équivalente. Enfin, si le représentant de la France « s'aperçoit que les Anglais veulent l'amuser et ne sont pas sérieux », il n'hésitera pas à demander ses passeports pour rentrer en France.
Aux instructions de Bussy, opposons maintenant celles de Stanley. Ces dernières, préparées par Pitt, furent souises à un conseil de cabinet dont Newcastle nous donne en quelque sorte le procès-verbal (1) : On se mit bien vite d’accord sur le principe d’une paix particulière avec la France; en effet, depuis l’année dernière, le roi de Prusse étant revenu sur le veto qui avait arrêté les pourparlers de La Haye, il n’y avait plus d'objections à un arrangement entre les deux couronnes. Sur l’interprétation de l'uti possidetis, Pitt pria le conseil de se prononcer. Deux solutions se présentaient : « Si vous limitez l'application de la clause aux conquêtes faites sur chaque monarchie, vous renvoyez vos alliés, le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick et l'électeur d'Hanovre au
(1) Newcastle à Hardwicke, 14 mai 1761. Newcastle Papers.
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d18 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. IX.
congrès, pour qu'il leur soit fait justice. Je n'ai pas, dit M. Pitt, d'objection à faire à cette procédure. Dans l’autre hypothèse, vous admettez les pertes de vos alliés comme devant entrer en ligne dans l'examen des compensations proposées par ia France; choisissez, mylords, je ne donnerai pas d'avis, je me laisserai diriger par vous, mais encore faut-il qu'il y ait une direction. » Bute opina qu'il était trop tôt pour trancher une matière aussi délicate, surtout avant d’avoir entendu Bussy. Le duc de Devonshire et lord Granville exprimèrent une opinion semblable. Newcastle parla dans le même sens; d’après lui, admettre l'extension des compensations aux conquêtes des Français en Allemagne serait encourager leurs prétentions « au point de laisser s’évanouir (1) une à une nos acquisitions territoriales ». À ce mot, Pitt prit feu et accusa Newcastie d’être prêt à signer un traité dont lui ne voudrait pas. Le due de Bedford estima qu'il serait prématuré de poser la question avant que les négociations fussent plus avancées. La discussion, après avoir occupé deux longues séances, aboutit à l'adoption à l'unanimité de la formule suivante : « Que les pertes de nos alliés en Allemagne seraient prises en considération à la paix et au moment de la fixation définitive de nos conquêtes. » La rédaction manquait de clarté, mais le principe avait été accepté quoique son application fûtajournée. En tout cas cette politique raisonnable s’éloignait beaucoup, comme Newcastle le fit remarquer au Roi, de celle qu'avait préconisée Pitt quand il s'écriait dans une boutade « qu'il ferait la guerre pour le Hanovre aussi longtemps qu'on voudra, mais que jamais il ne ferait la paix pour le Hanovre ». En attendant, le refus du grand ministre de donner son avis personnel fut très critiqué; on l’attribua à la crainte de se
(1) Le mot anglais « moulder » veut dire ruiner par l'humidité, pourrir, se gâter.
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