PRINCIPE DE LA PAIX PARTICULIÈRE ACCEPTÉ
compromettre en appuyant une solution qui, tout imposée qu’elle fût par les faits, ne serait pas bien accueillie dans le public, mal disposé pour la guerre du continent et peu soucieux du sort des alliés.
En définitive, Stanley reçut pour instructions (1) de ne prendre aucune initiative relativement à l'wti possidetis. Il se maintiendrait sur le terrain du mémoire français du 26 mars; S. M. Très Chrétienne avait fait une offre; l'Angleterre l'avait acceptée; on ne pouvait, sous aucun prétexte, lui demander une contre-offre. Malgr le vague dans lequel on avait laissé la question des compensations allemandes, l’envoyé se prononcerait pour l’entente séparée et préalable avec la France : « Vous aviserez le duc de Choiseul que nous tenons à éviter l’atteinte aux bénéfices réciproques de la paix entre les deux couronnes que pourrait entrainer le rattachement de cette paix au succès éventuel d'objets dont la nature, on le reconnait, est absolument étrangère aux causes de notre guerre particulière; qu'à notre estime, rien ne hâterait davantage la pacification générale des autres puissances belligérantes que la prompte conclusion de la paix entre la Grande-Bretagne et la France au moyen d’une négociation sincère ct efficace. Cela étant, notre intention est de rendre contractuel, définitif et valable sans avoir égard à l'issue des négociations d’Augsbourg, tout point relatif à la guerre particulière entre les deux couronnes, sur lequel nous et S. M. Très Chrétienne nous serions heureusement mis d'accord. » Malgré, ou peut-être à cause de la séparation des deux paix, Stanley devra saisir toutes les occasions d'affirmer « la fidélité de l'Angleterre aux engagements qu’elle avait pris comme auxiliaire de la Prusse ». Quant aux acquisitions et aux compensations, l’envoyé ne devait accepter les
(4) Instructions de Stanley, 18 mai 1761. Chatham Papers, etc.
Snrene ces
suggestions ou les propositions qui lui seraient faites qu'avec la réserve « ad referendum »; il n’était autorisé à rien signer; enfin, il lui était recommandé de surveiller le langage et l'attitude de l'ambassadeur d'Espagne à la cour de Versailles.
Quoique dans les conseils britanniques on eût évité de s'expliquer sur les conditions de la paix, plusieurs des hom- \ mes d'État avaient formulé leurs idées. Parmi elles, il est intéressant de signaler la thèse du duc de Bedford (1) qui était vraiment prophétique : « Je ne crois pas qu'ilsoit pour l'avantage de l'Angleterre d’être si chargée de possessions étrangères, (comme ce serait le cas) si on nous cédait tout le Canada et Guadeloupe. A vous dire vrai, Milord, je ne sais pas si le voisinage des Francais à nos colonies de l'Amérique du Nord n'était pas la meilleure garantie de leur dépendance sur la mère patrie, dont elles se soucicront peu quand elles seront débarrassées de leurs craintes du côté des Français. » 11 énumère les acquisitions dont il est partisan, et conclut : « Si nous nous rendons justice À à nous-mêmes, soyons justes envers les autres et n’essayons pas d'imposer à la France des conditions qu’elle ne subira pas longtemps, nous le savons, et contre lesquelles elle se soulèvera, aussitôt qu'elle aura recouvré la respiration. » Malheureusement, Bedford n'eut pas assez de crédit auprès des autres ministres pour les rallier à ses vues modérées.
Avant d'entamer le récit des entretiens diplomatiques, faisons connaissance avec les deux personnages qui allaient entrer en scène.
Bussy avait débuté comme secrétaire particulier du maréchal de Richelieu; puis il avait été attaché à l'ambassade francaise à Londres et avait même reçu à cette époque(2), du cabinet anglais, des subsides réguliers:
(1) Bedford à Newcastle, 9 mai 1761. Newcastle Papers. (2) Voir Louis XV, le renversement des alliances, p. 101.