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PASSÉ ET CARACTÈRE DE BUSSY

depuis son retour en France, sauf une courte mission auprès du roi Georges II à Hanovre en 1755, il avait été employé au Ministère en qualité de premier commis. Sa correspondance nous indique un travailleur rompu aux affaires, qui savait écouter et au besoin riposter, trop bureaucrate pour montrer une initiative que d'ailleurs Choiseul ne lui demandait pas; sans prestige personnel et de position sociale médiocre, il fut sans doute ému à la pensée des discussions qu'il aurait à soutenir avec le terrible Pitt et gêné par le souvenir de ses anciennes transactions avec la trésorerie britannique. Toujours estil qu’à en croire les boutades échappées à Choiseul, l’envoyé francais eût volontiers décliné la tâche qui lui fut confiée, Dès le début de son séjour à Londres, Choiïseul expliquait quelques contradictions dansles rapports de Bussy p°r le trouble qu'il éprouvait devant Pitt. « Cela n’était pas surprenant, dit-il un jour à Stanley (1), car le pauvre diable tremblait de peur en partant. » Un jour à Marlv, en présence de Louis XV et de l'Anglais, Choiseul ouvrit un courrier de Londres dont une partie en chiffres qu'il ne put lire en l'absence de son secrétaire. Le Roi s'enquit de quoi il pouvait être question; Choiseul de répondre : « Apparemment, Sire, qu’il a déplu à M. Pitt, qui l'aura fait sauter par les fenêtres. » Stanley qui ne perdait pas le nord s’empressa de dire : «Je n’aurais pas trouvé bon, dans ce cas, de faire Ja même gambade par manière de représailles. »

Cette réplique qui illustre tout au moins l'aplomb de son auteur et dont la :eproduction, dans une dépêche officielle, n’est rien moins qu'une preuve de modestie, nous servira d'introduction auprès de l'envoyé britannique.

Stanley, petit-fils du fondateur du musée britannique,

(1) Stanley à Pitt, 28 juin 1761. Newcastle Papers.

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ne possédait pas un bagage politique bien lourd; il rem-

plissait à l'administration de la Marine la fonction de « ju- . nior lord » quand Pitt, dont il était le protégé, lui confia

l'importante tâche de négocier avec Choiseul. Sans expé-

rience diplomatique, très sensible aux bons procédés et k aux démonstrations de sympathie réelle ou simulée, Stanley subit le charme de Choiseul et de son entourage, mais \ tout en plaidant de son mieux pour la personnalité du ministre français, il n’oublia jamais l'intérêt national dont il avait la garde, et apporta à cette défense l'intransigeance de son patron, sans y mettre le ton rogue et la morgue caractéristique des lettres de ce dernier. En vésumé, à part la vanité et la note du moi tr:p en vue, Stanley conduisit bien la négociation, consacra tous ses efforts à la faire réussir, renseigna bien sa cour et s'acquitta, comme nous le verrons, très convenablement de sa besogne. Parmises amis et connaissances, sa nomination fut accueillie avec plus de surprise que d’approbation : « Après avoir fait de Hans Stanley un ministre à la cour de France, écrit le général Mostyn (1), je ne vois pas de difficultés à une fabrication quelconque; après tout, pourquoi ne pas improviser une paix tout aussi bien qu'autre chose”?... Madame la marquise sans aucun doute se moquera de nous et de notre ministre. » D'autres appréciations sont plus flatteuses ; une grande dame de l’épo- h que, Lady Hervey (2), lui accorde « du savoir-faire, du bon sens, des connaïssances et de l'honnêteté ». Starhemberg (3) le dépeint comme un homme modeste, habile, expérimenté, qui aura bientôt fait de prendre la mesure de Choiseul et qui saura découvrir le fort et le faible du à ministre. « Pour un Anglais, je le trouve assez affable ».

(1) Mostyn à Newcastle, Alverdissen, 25 mai 1761. Newcastle Papers. (2, Lettre citée par lord Mahon, History of England, IV, p. 231. (3) Starhemberg à Kaunitz, 15 juin 1761. Archives de Vienne.

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