DÉTAILS SUR STANLEY
Le verdict de Bussy (1) qui, retenu par le mauvais temps, passa trois jours avec lui à Calais, est également favorable : « M. Stanley a beaucoup d'esprit et de connaissances. Il s'exprime très bien en français, mais lentement; il parait qu’il aime la douceur de la société française, mais sans dépouiller la fierté de sa nation, quoique sous un extérieur simple et modeste. Il estombrageux, inquiet, et le peu d'expérience qu’il a des affaires peut le confirmer dans ce caractère. Il cherchera à tirer avantage du moindre mot, qu'on laissera échapper, en faveur de sa commission, et si on lui fait la moindre promesse il en fera un contrat dont il exigera l'exécution à la rigueur. Il est vif sous les dehors de la tranquillité ; il a même de la disposition à la causticité, quand une fois il s'échauffe. S'il croyait s'apercevoir de quelque manque d'égards pour sa cour ou pour sa personne, il est à présumer qu'il exprimerait son mécontentement avec dureté; mais en revanche, il paraît avoir le cœur droit et noble; il est tr : sensible aux attentions et aux prévenances, et je crois, Monseigneur, que par là vous en tirerez bon parti. »
Stanley arriva à Calais le 25 mai, jour fixé pour le rendez-vous; il n'y trouva pas Bussy qui, retenu à Paris, ne parut que le 27. Ce retard, rapporté à Pitt par son représentant, faillit être la cause d'une rupture. Bussy présenta des excuses, Choiseul fournit des explications qui convainquirent jusqu'au susceptible Pitt, et on put se mettre à l'œuvre de part et d'autre. Stanley s'était annoncé à Choiseul par un billet bien tourné, daté de Senlis où il comptait recevoir les ordres de sa cour ausujet de l'incident Bussy. Rassuré par une réponse courtoise de Choiseul, il entra à Paris le # juin, alla droit chez M"° Joffrin, et par ses soins fut conduit chez Gallaud, baigneur, rue Jacob, où il s'installa. Le 7, il eut (2) sa première audience. Choi-
(1) Bussy à Choiseul, Calais, 30 mai 1761. Affaires Étrangères. (2) Stanley à Pitt, Peris, 8 juin 1761. Record Oflice.
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seul commença par affirmer la révolution énergique et personnelle de Sa Majesté Très Chrétienne de mettre fin à la guerre si possible; puis il insista sur les difficultés qu'il avait rencontrées de la part des Impératrices et qu'il avait fallu surmonter avant d’amorcer la négociation. Après ce préambule, il laissa l'Anglais développer les instructions dont il était muni. Avec une facilité que la connaissance des sentiments avoués de Choiseul faisait prévoir, on se mit d'accord sur la distinction des deux guerres, sous réserve des engagements réciproques visà-vis des alliés et sur la possibilité de conclure la paix particulière sars attendre les résultats du congrès d’Augsbourg. Le débat se poursuivit sur la clause de l’uti possidetis intimement liée, selon le ministre français, à la question desdates; pour le casoù celles qui avaient été suggérées par le mémoire du 26 mars ne seraient pas acceptées, Choiseul demanda si son interlocuteur en avait d’autres à y substituer. Stanley répliqua qu'il n'avait pas d'indications sur ce point, et qu'il en référerait à son gouvernement; il en fut de même quand le Francais voulut aborder le chapitre des compensations et celui de la restitution des prises. Dans la dépêche à Bussy (1) qui relate l'entrevue, Choiseul résume en quelques mots son appréciation : « Tel a été le précis d’une conversation de plusieurs heures qui a abouti, comme vous voyez, à très peu de choses et qui me fait craindre que nous ne restions longtemps à nous voir venir. » 1l ajoute un propos sur Belleisle dont le rapport de Stanley ne fait pas mention : « Les nouvelles de Belleisle sont mauvaises; je crains que la citadelle ne soit prise le 10 de ce mois. J'ai dit à M. Stanley qu'ils cassaient les vitres de leur voisin, en parlant de se raccommoder avec lui; mais que j'espérais que le Roi ne paierait pas les vitres cassées et qu'elles n'entreraient dans aucune compensation. »
(1) Choiseul à Bussy, 7 juin 1761. Affaires Étrangères.
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