‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 265 sur 332 · PREMIÈRES ENTREVUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ENTREVUES

Le ton et la manière du ministre firent bonne impression sur l'Anglais : « Je dois avouer que, pendant tout le cours de notre entretien, le duc de Choiseul s’est exprimé avec des apparences très engageantes de franchise. Je le regarde comme doué de facultés naturelles d'un haut degré; j'ai trouvé beaucoup plus de sérieux et de suite dans sa conversation qu’on ne lui en attribue ici en général. Quand il lui à plu de mêler aux affaires une plaisanterie quelconque, je me suis prêté à sa fantaisie et je me flatte que cela ne lui a pas déplu. »

Stanley, qui connaissait déjà son Paris et qui avait noué ou renoué &es relations avec divers personnages de la cour ou de la ville, d';ane à Pitt, dans un billet chiffré (1), quelques notes sur Choiseul : « Le ministre est un homme de vive intelligence, mais peu préparé pour la pratique, franc dans ses propos, souvent sincère au moment même où il parle, mais volage et très indiscret. Il traite toutes les affaires, même avec les gens les plus haut placés, comme matière à plaisanteries. Il a sur ie Roi une influence qui ne dépend en aucune façon de la dame. Pour celle-ci il n’a guère d’égards, quelquefois, il se montre brutal; quand elle veut parler affaires, il lui répond qu'elle est belle comme un ange; l'autre jour, il lui a dit de jeter au feu un mémoire; il est tout à fait étranger à l'alliance autrichienne qui est l'ouvrage de Bernis. »

Passons maintenant la Manche et rendons compte du premier entretien de Bussy (2) avec Pitt. L'envoyé français était arrivé le 31 mai à Londres où il s’était logé chez un aubergiste demeurant dans Suffolk Street, près de Charing Cross ; les visites commencèrent le 3 juin. Il eut avec Pitt deux entrevues dont il fit son rapport (3) à Choiseul. Inti-

(1) Stanley à Pitt, en chiffres, 8 juin 1761. Chatham Papers.

(2) Voir sur la négociation de Londres Lawson Grant, « La mission de M. Bussy », Paris, 1906.

(3) Bussy à Choiseul, 11 juin 1761, Affaires Étraagères.

midé par l'homme d'état anglais, convaincu que ce dernier profiterait de la moindre concession de la France pour dénoncer cette puissance à ses propres alliés, peu confiant, par conséquent, dans le résultat des négociations, Bussy resta sur la plus grande réserve ; Pitt, au contraire, s'expliqua sans restrictions, À son interlocuteur qui soutenait que. la clause du « statu quo » deviendrait caduque si l'Angleterre n’acceptait pas les dates du premier mémoire, Pitt de répliquer : « Si la cour de France se tient à sa parole, la conclusion de la paix est une affaire de huit jours de temps. Nous ne voulons pas étendre nos conquêtes au delà de ce qu'elles sont; nous nous contentons de celles que nous avons. Vous ne nous avez point demandé d’armistice, et je présume que vous ne le pouviez pas à cause de vos alliés; mais quand vous l’auriez demandé, nous n’aurions pu vous l’accorder. La raison en est simple, il serait tout à votre avantage et à notre préjudice... La paix définitive serait retardée par mille embarras qu’on ne peut prévoir, et qui peuvent aisément faire différer la paix trois ou quatre mois, et plus encore, si la conclusion était liée à celle de la paix d'Allemagne. Pendant ce temps, vous pourriez rétablir une partie de votre marine, envoyer des secours à vos colonies, nous faire perdre la saison des expéditions à faire contre vous, et vous fortifier de façon à nous mettre en danger; par conséquent, la fixation des époques devient absolument nécessaire, mais il n’est pas possible qu’elle ait lieu autrement que du jour de la signature du traité, ainsi qu’il est porté par le mémoire de l'Angleterre du 28 avril. En ce qui concerne les compensations, vous voudrez sans doute faire valoir ce que vous pourrez conquérir en Allemagne appartenant au roi d'Angleterre, comme électeur d'Hanovre? » Bussy répondit qu'il ne pouvait y avoir doute à cet égard, « puisque c'était en partie l'occupation que cette guerre nous avait donnée, qui nous avait causé la perte de nos

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