‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 266 sur 332 · PREMIER RAPPORT DE BUSSY · texte numérisé non relu

PREMIER RAPPORT DE BUSSY

colonies, Je ne vous dissimulerai pas, me dit-il, que du temps du feu Roi cela aurait fait ici une grande impression; mais aujourd'hui, cela n’en fera que très peu ». D'ailleurs, il serait impossible pour la France de faire des établissements permanents; « les constitutions d’Allemagne vous le défendent; l'Empire mème sera contre vous si vous entreprenez d'y rester ». À propos de Belleisle dont Bussy escomptait la prise et la restitution sans compensation : « Vous pouvez être assuré, répliqua Pitt, que nous n'avons pas envie de garder Belleisle, mais il faudra bien qu'il entre en ligne de compte. »

L'envoyé français fut évidemment impressionné par la valeur de son adversaire : « Ce ministre, Monseigneur, me parait avoir de grands talents, une fermeté singulière, beaucoup de méthode et de suite dans l'esprit. Quoiqu'on le dise haut et dur, j'ai éprouvé qu'il est maitre de lui-même quand il veut et qu'il sait mettre toute la politésse imaginable dans les affaires... 11 m'a dit qu'il était fort éloigné de vouloir blesser la délicatesse de ma cour et qu'il me priait de l’avertir, s’il lui échappait quelque expression trop vive, pour qu’illa corrigeâtsur-le-champ. »

Terminons ces extraits par l’esquisse de la politique intérieure de l’Angleterre; son exactitude prouve que notre diplomate avait puisé ses renseignements à bonne source : « Les anciens ministres ont perdu de leur considération. Beaucoup de gens crient à la vérité contre la dureté de M. Pitt, mais tous s'accordent à dire que l’Angleterre était avilie ci-devant, et que ce n’est que depuis son entrée dans le ministère qu’elle a joué un rôle honorable dans le monde. Il n'y a plus ici, en effet, de parti de l'opposition. Ceux qui pourraient en être les chefs sont dans le conseil, et M. Pitt a pris l’ascendant sur tous les esprits par la force de son génie, par son éloquence, par son courage et son désintéressement. Comme il a le crédit populaire et que le comte de Bute a le crédit auprès du

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b28 LA GUERRE DE SEPT ANS. CHAP. IX.

Roi, ces deux ministres sont obligés de s'unir et de se soutenir l'un l'autre. D'ailleurs, le comte de Bute est un jeune homme de la plus grande espérance, à la vérité, mais qui n'a pas l'expérience des affaires comme son collègue, et il parait qu'il faudra qu'il soit encore longtemps lié avec lui pour pouvoir voler de ses propres ailes. Quant au système que M. Pitt a pris sur les affaires avec la France, il n'a pas voulu en être responsable. Il s'est tenu un grand conseil iei avant mon arrivée; le Chancelier, chef de la Justice, a été consulté sur l'interprétation du mémoire du 26 mars; M. Pitt a réuni tous les membres du Conseil à son opinion, et il s’est fait assurer, pour ainsi dire, sa conduite et son système par ses collègues. »

Bussy avait recu la visite des ministres prussiens, mais s'était excusé de ne pas la rendre, les relations entre les deux cours étant rompues. La conclusion de sa dépêche est pessimiste : « Comme je prévois, Monseigneur, que vous pourrez m'envoyer incessamment l’ordre de quitter l'Angleterre, je vous supplie de bien vouloir m'adresser mes passe-ports. » Dans un bille‘ ‘intime, l'envoyé fait allusion aux commissions féminines dont il avait été chargé. Il avait compté acheter « des belles moires et des damas mascaradés » pour les deux duchesses (M”“* de Choiseul et de Gramont), mais ces tissus ne sont plus de mode; « les dames ne portent presque que de nos étoffes de France qui passent par la Hollande et sont réputées hollandaises ».

Trois jours après l'envoi de la lettre de laquelle nous avons tiré les citations ci-dessus, la ville de Londres fut mise en émoi par la nouvelle de la capitulation de Belleisle; de tous côtés, on fit des préparatifs pour une fête populaire et pour des illuminations. Bussy, très inquiet de la fausse position dans laquelle il allait se trouver, courut chez Pitt solliciter la protection de la police et présenta une demande de restitution pure et simple de la

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