NOUVELLE DE LA PRISE DE BELLEISLE
nouvelle conquête. La requête ainsi introduite était inopportune, si on se plaçait au point de vue d'une prompte issue des négociations, mais elle avait des partisans parmi les hommes d'État anglais. Bedford (1) comparait Belleisle à l'ile de Wight : « Demandez à n'importe quel citoyen anglais de mettre la main sur son cœur et de dire si, quelque grande que puisse être la détresse de son pays, il pourrait collaborer à une paix qui céderait l’île de Wight à la France? Sile cas est pareil, traitons les autres comme nous voudrions être traités par eux. »
Disons de suite que Choiseul (2) n'attacha d'importance pi aux scrupules ni aux craintes de son envoyé : « Stanley a diné chez Starhemberg ; cela nous a paru très simple, aussi le Roi vous ordonne de rendre la visite aux ministres prussiens. Vous leur répondrez que vous ignorez absolument ce qui sera traité à Augsbourg, et de bonne foi je l’ignore comme vous, les Impératrices ne nous ayant pas fait confidence de leurs vues et encore moins de leurs prétentions, dont je ne suis pas curieux, parce que si nous nous accom: modons avec l'Angleterre, toute cette dispute allemande sera bientôt finie de fait. » Il ne pouvait être question du retour : « Ne songez pas à revenir que je ne vous le mande, mais si ce cas arrivait qu'il ne faut pas précipiter pout éviter les torts et les reproches », les instructions nécessaires seraient données en temps utile. « J'espère, ajoutet-il, que vous aurez illuminé depuis la cave jusqu'au grenier pour la prise de Belleisle, afin d'éviter d'être déchiré par la populace. Votre illumination nous fait ici un peu moins que la prise de cette ile, »
Le 16 juin, nouvelle conversation de Pitt etde Bussy (3). Le ministre anglais, qui avait pris les ordres de Georges HI, commença par refuser net la restitution de Belleisle sans
(t) Bedford à Bute, 13 juim 1764. Newcastle Papers. (2) Choiseul à Bussy, 19 jæim 17441. Affaires Etrangères. (3) Bussy à Choiseul, 19 jun 1761. Affaires Etrangères. GUERRE DE SEPT ANS, = T7. IF 34
| compensation. Puis on reprit la discussion des époques ; à celte occasion, Pitt constata que le langage de Choiseul à | Stanley était beaucoup plus précis que celui dont se | servait Bussy; à l'appui de son observation, il lut des extraits de la corresvondance de l'envoyé britannique. Il est à remarquer, en effet, que le ton de Choiseul, notamment sur la conclusion de la paix particulière et sur la question des dates, avait été fort différent de celui | qu'imposaient à Bussy ses instructions. Pitt, en terminant l'entretien, lui laissa « un papier pro memoria » mais non pas comme écrit ministériel. Pour répondre au vœu émis par Choiseul, le cabinet anglais proposait (1) de fixer les dates, pour l'application de l’uti possidetis, aux premiers juillet, septembre et novembre; mais dans l'intérêt de la paix et pour éviter que la fixation ne devint «dans la suite une source de discussions embrouillées | et d’altercations captieuses et dangereuses », Sa Majesté Britannique ne conviendrait « desdites époques qu'uniquement aux deux conditions suivantes :
{1° Que tout ce qui sera heureusement arrêté entre les deux couronnes relativement à leur guerre particulière, | soit rendu obligatoire, final et conelusif, indépendamment du sort des négociations d’Augsbourg pour ajuster et ter- ; | miner les contestations d'Allemagne, et pour en rétablir |
la paix générale;
2° Que ledit traité définitif de paix entre la Grande-Bre-
tagne et la France soit conclu, signé cet ratifié ou des articles préliminaires à cette fin, entre ei et le 1° d'août pro- | chain. » En outre, Sa Majesté Britannique déclarait qu'à l'égard de Belleisle, elle consentirait « dans le traité futur d'entrer en compensation sur cette importante conquête ». Quant aux autres échanges, « Sa Majesté se réserve d’ap-
(1) Pro Memoria remis par Pilt, 17 juin 1761. Affaires Etrangères et Record Office.
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NOTE DICTÉE PAR CHOISEUL A STANLEY. n31
se à prendre quels pourraient être les désirs de Sa M. Très ul à À Chrétienne sur ce point, en suite de quoi Sa Majesté s’ou- D vrira avec toute sincérité et bonne foi ».
des d Bussy prit en mauvaise part la note de Pitt : « Il pa- 2 LS rait certain, Monseigneur, que ce ministre est déterminé Le à continuer la guerre ou à nous faire acheter la paix su au prix le plus déraisonnable... Il fait des confidences lui aux ministres étrangers et nous accuse de ne pas tenir Pour notre parole. » Malgré ces sombres pronostics qui s’insje à piraient évidemment de l'opinion de Fuentes et de Gandre litzin, hostiles tous les deux à la politique et à la perit (1) sonne de Pitt, cet homme d’État avait réellement fait | lelis, un pas en avant dans la voie de l'entente. Le même jour, À dans Choiseul en fit un plus grand dans une entrevue qu'il | - de- eut avec Stanley. Ce dernier fait un récit dramatique (1) de illées, leur conversation : En réponse à un appel l’adjurant de | jesté prendre l'initiative et de formuler les desiderata de la (! que cour de Versailles, Choiseul, fort ému, exigea que, sur la { \ communication qu'il allait faire, le secret le plus complet k Le 16 fût gardé vis-à-vis des ambassadeurs étrangers et même lière, de Bussy; seuls, Pitt et ses collègues du conseil intime dement vraient en connaitre. Puis il parla dans les fermes suivien ‘ vants : « La nécessité de la paix avait fait l'impression la tablir plus profonde sur le Roison maitre; seule, Sa Majesté était au courant du langage qu'il allait me tenir... La raison qui “bre le poussait à désirer que l'affaire fût traitée par mon enparti- tremise dans le secret le plus absolu était due à l'obligaès tion de mettre MM. Starhemberg, Grimaldi et Czernique chew (2) au courant de toute la correspondance échangée futur avec M. de Bussy, lequel avait également ordre de zenête ». seigner exactement le prince Galitzin et M. de Fuentes d'ap- Il'avait été conquis par mes arguments et par mes prodi Ré (1) Stanley à Pitt, 13 juin 1761, Newcastle Papers. Record Oflice, Voir la
traduction donnée par Lawson Grant, (2) Ambassadeur de Russie à la cour de Versailles,
testations ; car jusqu'alors il s'était grandement méfié de la sincérité de notre cour; il n'avait pas osé s'exprimer plus clairement parce que, si ses offres étaient repoussées sans résultat pour son pays et sans la satisfaction d’avoir rendu la tranquillité à son maitre, il se serait attiré l'animadversion générale des Français et encouru le discrédit de la part des alliés. »
Ces prémisses posées, Choiseul énuméra de vive voix les conditions que la France accepterait pour la conclusion de la paix. Stanley dit qu’il ne pouvait les prendre qu’ « ad referendum »; mais pria le ministre, pour éviter les erreurs ou les oublis que lui, Stanley, serait capable de faire, de les Jui remettre par écrit. « Là-dessus, nous passâmes de la galerie dans son cabinet, et là il me dicta la note incluse qui estla pièce originale écrite par moi, puis r«'ue et revue avec soin per lui. Pendant la dictée, il marchait de long en large dans la pièce et était en proie à une émotion très vive. Il me demanda ensuite d’un ton qui indiquait beaucoup d'inquiétude si je pensais que ce précis püt servir de base à un traité. » A la suite de cette question, la conversation s'engagea : Stanley, ayant soin de déclaer aw’il ne parlait qu’en son nom personnel, présenta à certaines clauses des objections que Choiseul réfuta en défendan: son projet. À signaler une concession imprudente du ministre français relative aux conquêtes e. Allemagne, « leurs troupes évacueraient de suite non seulement la Hesse, mais aussi Wesel et les territoires appartenant au roi de Prusse lesquels il considérait comme rattachés à la guerre britannique ».
En ce qui concerne Belleisle, dont on venait d'apprendre la prise, Choiseul dit qu’il ne l'avait pas comprise dans les compensations, parce qu'il ne s’en souciait guère et que nous pouvions la garder, si nous le voulions. Stanley en relatant cette boutade prétend qu'elle ne s’harmonisait