‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 268 sur 332 · CHOISEUL MET BUSSY AU COURANT · texte numérisé non relu

CHOISEUL MET BUSSY AU COURANT

guère avec l'expression des traits de son auteur. « Je ne suis pas du ‘out convaincu, conclut Stanley, que ces conditions :oient les meilleures que nous puissions obtenir de la France. Elles sont ses premières offres. J'estime cependant que S. E. combattra ferme pour les pêcheries et sacrifierait plutôt tout autre point. Ces propositions semblent prouver tout au moins que la France agit en »ersonne sérieuse. »

La note dictée par Choiseul (1) porte la date du 17 juin; elle est conçue dans les termes suivants : « M. le duc de Choiseul propose à M. Stanley : il demande la restitution de la Guadeloupe et de Marie-Galante, ainsi que celle de Gorée pour l'ile de Minorque; il propose la cession entière du Canada à l'exception de l'ile Royale, où il ne sera point établi de fortifications, et pour cette cession, la France demande la conservation de la pêche à la morue, telle qu'elle est établie dans le traité d'Utrecht; et une fixation des limites du Canada dans la partie de l'Ohio déterminée par !#s eaux pendantes, et fixée si clairement par le traité, qu'il ne puisse plus y avoir aucune contestation entre les deux nations par rapport aux dites linites. La France rendra ce que ses armées ont conquis en Allemagne sur les alliés britanniques.

Dans le mystère doit le ministre avait entouré sa com munication, dans les c: afidences qui lui avaient servi de préface, dans le secret qu'il avait exigé vis-à-vis de Bussy lui-même, il y avait beaucoup de mise en scène. Choiseul s'était comporté en acteur accompli et, pour impressionner l’impassible Stanley, avait eu largement recours à son esprit d'invention. Il n'eut jamais l'intention de cacher à Bussy les conditions qu'il venait d’esquisser ou s'il eut cette pensée, il ne la conserva pas longtemps,

(1) Proposition de Choiseul, 17 juin, Newcastle Papers et Record Office

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car deux jours ne s'étaient pas écoulés qu'il mit son envoyé au courant de ce qui s'était passé : « Dans une conversation, écrit-il (1), que j'ai eue avec M. Stanley, après avoir discuté longuement les compensations, nous sommes venus au point de faire des propositions et je lui ai laissé entrevoir que le Roi rendrait Port-Mahon pour la Guadeloupe, Marie-Galante et Gorée; que les Compagnies s’accommoderaient aux Indes; que les eaux pendantes serviraient de limite au Canada du côté de la rivière de l'Ohio et de la Louisiane ; que nous garderions l'ile Royale sans fortifications et la liberté de la pêche, et céderions la totalité du Canada; nous n'avons point parlé de Dunkerque ni de Belleisle, mais J'ai ajouté qu'aux condilions que je venais de lu dire, je croyais que le Roi ferait rentrer ses armées d'Allemagne en France, sauf !& licenciement pareil de l'armée hanovrienne. M. Stanley non seulement à bien entendu le système de pacification que je lui proposais, mais il l’a mème écrit dans mon cabinet et a envoyé un courrier en Angleterre; il m'a demandé si je vous en écrivais, je lui ai dit que je vous répondrais fort en détail sur le « statu quo »;et qu'il était inutile quant à présent de vous envoyer un projet qui n’était pas encore constaté par la volonté précise du Roi, qu'il fallait attendre quelle serait la réponse que l'on lui ferait, et qu’alors je vous instruirais; ainsi vous ne devez faire aucun semblant que je vous aie rien mandé des idées qui ont été communiquées à M. Stanley, et laisser venir sur cet objet M. Pitt. » La comparaison de ce compte rendu avec le texte dicté à Stanley laisse apercevoir quelques divergences. À en croire le récit de l'Anglais, et si l’on consulte la note, les déclarations de Choiseul à propos de l'évacuation de l'Allemagne auraient été plus catégo-

(1) Choiseul à Bussy, particulière, 19 juin 1761. Affaires Etrangères.

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BUSSY DOIT IGNORER LA NOTE DICTÉE A STANLEY. 535 riques et la réciprocité de l’action anglaise, quoique probablement sous-entendue, n'aurait pas fait l’objet d'une mention spéciale.

Ainsi qu'il l'avait dit à Stanley, la dépêche officielle (1) de Choiseul à Bussy insistait sur la nécessité de s'entendre sur les dates et faisait à peine allusion aux conditions. « Il faut qu'elle (l'Angleterre) nous fasse connaitre si elle adopte nos époques; si elle ne les adopte pas, qu'elle en propose d’autres, car ce ne serait ni négocier, ni raisonner que de dire : Nous acceptons l’ufi possidelis, et l’époque que nous assignons est la paix. Cette manière de traiter ressemblerait à celle d’un homme à qui un marchand proposerait un diamant pour mille louis, qui dirait au marchand : vous m'avez proposé un diamant, je l’accepte, et quant au prix, je verrai ce qui me conviendra. Je doute qu’il y eût beaucoup de marchands qui adoptassent un pareil raisonnement. » Si l'occasion se présentait « d'entamer plus avant la proposition de la paix », Bussy était autorisé à offrir de signer « un acte quelconque par lequel il sera convenu entre les deux puissances :

1° Que l’uvi possidetis est la base de la négociation,

2° Que les États des alliés de la Grande-Bretagne en Allemagne sont compris dans l’uti possidetis ;

3° Que les deux couronnes se garantiront réciproquement les possessions nouvelles qu'elles auront scquises peadant la guerre dans toutes les parties du monde, et dont la possession leur sera confirmée par la paix;

k° Que l'Angleterre nommera dès à présent, les époques qui constateront l’uti possidetis, pourvu que ces époques ne soient pas plus éloignées que le terme de six mois.

« Si M. Pitt vous fait des difficultés sur le second ar-

(1) Choiseul à Bussy, Marly, 19 juin 1761. Affaires Etrangères.

ticle, vous lui direz positivement que sans doute il n’a pas imaginé que la France, en proposant le « statu quo », ait voulu proposer simplement d'accorder tous les avantages qu'avait l'Angleterre, et d'abandonner ceux que les armes du Roi lui ont procurés en Allemagne. S. M. regarde l'armée britannique et les princes dont les trounes la composent comme une armée agissant pour la cause de l'Angleterre contre la France, et dans ce sens Güttingen n’est pas le seul pays que possède le Roï appartenant ou sous la protection de la cause anglaise. La Hesse, par exemple, doit intéresser, dans cette circonstance, autant l'Angleterre que l'électorat d'Hanovre, le landgrave étant, comme l'électeur d'Hanovre, armé pour la cause britannique. » Citons enfin la conclusion de la lettre que Bussy devait lire comme de son propre mouvement à Pitt: « Au surplus, si le ministère britannique veut la paix, les propositions chronologiques feront bientôt place aux propositions géographiques et catégoriques... Le Roi me parait trop grand, ainsi que le roi d’Angleterre, pour tâtonner comme anciennement sur leur détermination.… S. M. a déterminé le prix qu'elle voulait mettre à la paix. Il ne sera ni plus considérable ni moindre que ce qu'il dira dès la première fois; et si ce prix n’est pas accepté par l'Angleterre, il faudra continuer la guerre jusqu'au temps où la France jugera pour son intérèt qu'elle doit faire de plus grands sacrifices,ou l'Angleterre qu'elle doit se procurer de moindres avantages. Quoi qu'il en soit, je n’en serai pas moins le sincère admirateur de M. Pitt, et le serviteur de M. Stanley qui me convient on ne peut pas daantage. C’est un homme d'esprit, simple dans ses manières, et qui me parait un honnête homme et très véridique. »

Dans l’entrevue (1) du 23 qui suivit l’arrivée du cour-

(1) Bussy à Choiseul, 26 juin 1761, Affaires Etrangères.

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