DÉBAT SUR LA QUESTION DES DROITS DE PÉCHE
1 maudait pas mieuxque d’essayerd'imposer l'exclusion, mais a \ iln’en ferait pas une cause de rejet. Hardwicke fit remar- Le ‘4 quer que si on refusait de renouveler un article du traité 1- d'Utrecht favorable à la France, on ne pourrait plus ir L exiger la démolition des fortifications de Dunkerque que n stipulait ce même traité. Bedford, Halifax et Newcastle ui ï s'élevèrent énergiquement contre l'exclusion, et quoique Temple appuyât la thèse de Pitt son beau-frère, le con-
es 4 seil, à une forte majorité, vota le maintien des clauses i- : du traité d'Utrecht. Mais les membres de la minorité profitèis. ; rent de l'intervalle qui s'écoula entre la première séance rit et celle dans laquelle Pitt devait donner au comité conn- naissance des nouvelles instructions destinées à Stanley, on pour apporter un changement à ce qui avait été adopté. n- Après lecture de la pièce, le débat reprit; il y eut une ir. altercation assez vive entre Bute et Pitt. Ce dernier avait ar . qualifié de « puérile et illusoire » toute attitude qui ne poeu ’ serait pas le « sine qua non ». Bute qui, tout en souhaiis- 4 tant le refus, ne voulait pas en faire une occasion de a- rupture, protesta avec humeur. En fin de compte, sur ile À sa proposition, on inséra dans la dépêche un paragraphe ne # déclarant que les droits de pêche ne seraient maintenus put que si on obtenait sur un autre point quelque concession ité | sérieuse. Le passage de la réponse anglaise relatif aux péi- l cheries fut rédigé dans les termes suivants (1) : « En ce qui
sur “À concerne le privilège spécial qui, en vertu de l'art. 13 du la . traité d'Utrecht, autorise dans certaines limites et sous cer-
et À taines conditions les sujets de France à pêcher le poisson
er- ù et à le sécher sur les côtes d’une partie de Terre-Neuve, jo- | j'ai à remarquer qu’une demande de ce gros avantage basée si- 4 sur un traité qui n'existe plus, ne peut que rencontrer us 4 de sérieuses objections et ne sera jamais accordée qu'en
e- ï échange d'une forte et importante compensation. D’ail-
(1) Pitt à Stanley, 26 juin 1761. Record Office. Newcastle Papers.
leurs, quelle que soit la décision finale de S. M. sur cette question, ce point épineux ne peut être examiné convenablement qu'au moment où on étudiera le renouvellement dudit traité et des articles relatifs à d’autres affaires essentielles et plus particulièrement la démolition de Dunkerque. »
Dans le préambule de la lettre à laquelle nous venons d'emprunter le paragraphe spécial aux pêcheries, Pitt reproduisait ses critiques à propos des lacuneset de l'insuffisance de la note de Choiseul, se moquait de l'air de mystère dont s'était entouré l’auteur, mais admettait la sincérité des ouvertures. Il répondrait à la propositi: française, non par une contre-proposition officielle, mais par des observations successives. Sans nier le devoir de l'Angleterre de stipuler pour ses alliés la restitution des acquisitions allemandes, il en contestait ia valeur ; puis passant au Canada, il repoussait des prétentions qui n'avaient d'autre but que d'augmenter la Louisiane aux dépens de la province cédée. Quant aux autres compensations, Belleisle était plus que l'équivalent de Minorque ; Guadeloupe ne pourrait être rendue qu'après l'évacuation immédiate de l'Allemagne par les armées françaises. L'arrangement relatif aux Indes Orientales était inacceptable, Dès à présent, le cabinet de Versailles aurait à considérer « comme points fixes et non soumis à changements sans lesquels S. M. Britannique ne consentirait pas à la paix :
1° Cession absolue, sans détermination de nouvelles limites, du Canada tout entier, ainsi que du Cap Breton et des autres iles situées dans le golfe et le fleuve du Saint-Laurent ;
2 Cession du Sénégal et de l’ile de Gorée;
3° Démolition des fortifications de Dunkerque et retour aux conditions appliquées à cette ville par le traité d'Utrecht;
k° Partage équitable des Antilles neutres:
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CONDITIONS ANGTAISES. 541
5” Restitution de Minorque et de Benevolen (1) dans l'ile de Sumatra ;
6° Restitution immédiate des conquêtes francaises en Allemagne, y compris Wesel, »
Les autres différends resteraient matière à discussion entre les deux couronnes.
Dès le 29 juin, c'est-à-dire dans un délai de trois jours, exceptionnellement court pour lescommunications de l’époque, Stanley euten mains les conditions anglaises formulées dans la dépêche du 26. 11 eut aussitôt avec Choiseul plusieurs conversations dont il transmet le résumé (2) à Pitt : On tomba d'accord sans grande difficulté sur le principe de la cession du Canada tout entier, tel qu'il avait été délimité du temps de la possession française. La lutte pour le Cap Breton fut dure : « J'ai cru que nous romprions sur ce point; enfin, il (Choiseul) a suggéré que l'Angleterre désigne un port à son choix, sans moyens de défense, partant toujours à sa merci, sans établissement militaire d'aucune sorte, ayant une juridiction civile pour trancher les litiges qui pourraient naître ; en un mot, cette localité à usage de port de refuge ou d'abri pour les barques des pêcheurs français... En fait de concession, il ira jusque-là, mais plutôt que d'aller plus loin, je crois qu'il se jettera dans les bras de l'Autriche. » La clause des fortifications de Dunkerque rencontra la mème résistance : « Mieux vaudrait nous abandonner la possession de la ville que de se soumettre aux visites d’un commissaire anglais aussi bien qu'à des plaintes perpétuelles et à des complications chaque fois qu'on raccommoderait une écluse où qu'on réparerait une digue. » Les pêcheries de Terre-Neuve et les fortifications de Dunkerque tenaient fort à cœur à Choïseul qui lui avait dit à plusieurs reprises : « La pêche est ma folie. »
(1) Conquète de d'Estaing au cours d'une croisière. (2) Stanley à Pitt, 29 juin, 1° juillet 1761, Record Office,
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Lors de l'entretien final (1) ses derniers mots avaient été : « Donnez-nous de la pêche et sauvez-nous le point d'honneur pour Dunkerque, car ce n’est que cela, et la paix est faite, » Les conversations entre les deux négociateurs n'étaient d'ailleurs que le prélude de la réponse officielle que la cour de Versailles avait l'intention de faire et d'appuyer d'un mémoire lu au Conseil et approuvé par lui.
Pour la première fois, il est question de l'Espagne : « Le duc de Choiseul, après m'avoir assuré avec insislance combien il préférait une paix acceptable, m'a dit d’une façon claire et explicite, ce que je savais déjà, que des ouvertures avaient été faites à la France pour le cas où elle voudrait continuer la guerre: il a également insinué qu'ils auraient de nouveaux alliés, faisant allusion à l'Espagne... Nos informations de bonne source m'inelinent à croire que ce qu'il dit est tout à fait vrai. Je sais que les mauvais agissements de M. de Grimaldi en vue d'empêcher le présent traité, quoique moins apparents que ceux de M. de Starhemberg, ont été beaucoup plus perfides et de mauvaise foi. Je présume qu'ils ont été inspirés par les conflits qui existent entre sa cour et la nôtre. » Le contenu des lettres de Stanley fut mal interprété par les membres du cabinet britannique (2). Le retard que comporteraient la rédaction et l'adoption de la réponse oflicielle et du mémoire annoncés ne serait-il pas un moyen dilatoire? La cour de Versailles ne laisseraitelle pas trainer les négociations dans l'espoir d’un événement heureux en Allemagne où les hostilités venaient de reprendre? Ces interrogations se posèrent eteurent pour effet de remettre en suspicion la bonne foi du cabinet français.
Reportons-nous maintenant à la correspondance avec Bussy qui nous renseignera sur les sentiments réels du
(1) Stanley à Pitt, P, S., 5 juiilet 1761. Record Office. (2) Hardwicke à Newcastle, 8 juillet 1761. Newcastle Papers.
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