‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 276 sur 332 · PORTRAITS DE STARHEMBERG ET GRIMALDI · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE STARHEMBERG ET GRIMALDI

la société ». M"° de Gramont l'avait averti que ce propos courait les salons.

Deses deux rivaux, l'Anglais trace (1) un crayon peu flatteur : « Starhemberg est trop préoccupé de ce qu'il imagine être la politesse pour ne pas enlever à sa conversation l’aisance qu'elle devrait avoir; en un mot, c'est un Allemand qui a voyagé en France: ses moyens sont classés comme étant d'ordre inférieur. Je n'ai entendu aucune attaque contre son honorabilité ou sa probité, mais ses manières pincées et les airs de pédant qu'il apporte aux affaires, lui ont valu l’antipathie bien tranchée du duc de Choiseul. M. Grimaldi est plus dépli sant et beaucoup moins « gentleman ». D'après ies renseignemnts les plus sûrs, sa capacité ne serait que de la ruse et de l’astuce de bas étage; grâce à cette appréciation très répandue ici, le sujet est aussi peu dangereux que vous puissiez le souhaiter, quand on tient compte de ses mauvaises dispositions et de l'influence de sa cour... Ces deux personnages sont mal vus des Français, auxquels la vanité ne fait pas défaut, mais qui ne sont ni fiers ni cérémonieux. »

Si Stanley est dur pour ses adversaires, par contre ilne cache pas son admiration pour Choiseul : « Le duc, si on l'envisage comme homme d'État, peutètre inférieur à d'autres en expérience des affaires, en profondeur de vues, en délicatesse, mais en fait de hardiesse et de courage il ne le cède à personne ni dans son pays ni dans le nôtre. Au cours de sa carrière militaire... il s’est toujours distingué. Dans la politique il a toujours eu pour maxime de jouer le tout pour le tout... M®° de Pompadour avait toujours été considérée par les courtisans et les ministres précédents comme une divinité tutélaire indispensable à leur existence, qui planait au-dessus d'eux, comme si elle avait appartenu à un ordre supérieur ; mais Choiseul, loin

(1) Staniey à Pitt, 6 août 1761. Newcastle Papers et Record Office,

de supporter le joug de la subordination, a saisi la première occasion de lui ravir, non seulement le partage, mais même une part quelconque du pouvoir; il l’a réduite à l'obligation d’avoir recours à lui pour les faveurs dont elle a besoin pour elle-même et pour ses protégés. Cette révolution que l'on aurait cru impossible dans l'intérieur de la cour, il l’a effectuée non au moyen d’intrigue, de courtisanerie et d'adresse, mais de haute lutte avec accompagnement de railleries et de moqueries sarcastiques qui eussent perdu tout autre: en un mot, grâce à la supériorité évidente de son esprit et de sa volonté. La seule personne qui possède quelque influence sur lui est sa sœur, la duchesse de Gramont. » Suit un éloge de l'intelligence, de l'indépendance, de la franchise, de l'élévation de sentiment et de caractère de la duchesse, de son mépris de la convention, de son indifférence pour les rites et les honneurs de la cou.

Sur la méthode de travail de Choiseul, l'Anglais donne de curieux détails : « Je l'ai souvent vu écrire sur les sujets les plus sérieux; il manie la plume avec une rapidité étonnante (1) maïs avec peu d'attention ou souci d'exactitude; il entreprend plus d’affaires qu'un homme ne pourrait mener à bonne fin; en outre, il aie beaucoup le monde et ses plaisirs: pour mailileuir son crédit, il est obligé d'assister constatent aux réunions privées du Roi. Dans ces conditions, les brouillons qu'il écrit passent avec leurs fautes initiales dans les mains des secrétaires. et très souvent il ne les revoit pas avec un soin suffisant De là des erreurs, des obscurités qui occasionnent des malentendus fâcheux. Stanley cite quelques exemples des contradictions qu'il a relevées dans les dépêches destinées à Bussy, lors de la communication que Choiseul lui en avait

(1) L'écriti de Choiseul tres fine, à lettres mal tractes, est souvent difficile à déchiffrer.

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