‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 282 sur 332 · PRÉSENTATION DU MÉMOIRE SUR LES PLAINTES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DU MÉMOIRE SUR LES PLAINTES ESPAGNOLES

expéditionnaire destiné à la conquête de la Martinique. Le 21 se tint un conseil de cabinet où il fut décidé que toute intervention de la France dans les litiges espagnols serait considérée comme attentatoire à la dignité de l'Angleterre. Autre circonstance défavorable, les avis des théâtres de la guerre étaient de nature à encourager les vues belliqueuses de Pitt; le 22 on apprit la nouvelle de la reddition de Pondichéry, de la prise de la Dominique et du combat de Fillinghausen : « Jamais victoire, écrit Hardwicke (1), ne fut aussi glorieuse ni aussi opportune. Elle est vraiment providentielle. J'espère, et en ce moment je ne veux pas douter, qu'elle nous procurera une bonne paix. » Ce même 22, Bussy (2) eut une conférence de trois heures avec Fuentes au sujet du mémoire relatif aux affaires espagnoles. L'ambassadeur était au courant, car dès le 17, il avait prévenu son collègue francais qu'ils devaient faire ensemble une démarche auprès du cabinet de Saint-James. Conformément aux indications de son chef, Bussy penchait pour l'ajonrnement, mais Fuentes objecta que, d'après ce que Grimaldi lui avait écrit, Choiseul avait parlé à Stanley de l'appui promis à l'Espagne; la cour de Londres était done avertie ; dans ces conditions, et surtout en présence des bruits qui couraient d’une déclaration de guerre par S. M. Cathoiique, tout retard serait mal interp'été et les rendrait, Bussy et lui, saspects de « finesse ». On se sépara sans avoir adopté un parti. Sur l’insistance de Fuentes qui revint à la charge le 23, Bussy prit son courage à deux mains et se rendit chez Pitt avec lequelil avait rendez-vous à 10 h. 1/2. Fuentes avait eu raison, car ce fut le ministre anglais qui aborda le premier la question espagnole; il se plaignit de la lenteur apportée à l'envoi de la répouse française, puis il « reprit : que ce n'était pas là le plus grand obstacle à la négociation, que M. Stanley (1) Hardwicke à Newcastle, 22 juillet 1761. Newcastle Papers.

(2) Bussy à Choiseul, 21 et 26 juillet 1761. Affaires Etrangères. GUERRE DE SEPT ANS. — T, IV. 36

leur avait mandé qu'en vertu d'engagements de la France D avec l'Espagne, antérieurs au mémoire du 26 mars dernier, vous demandiez que l'Espagne fût appelée à | la garantie du traité à faire entre la France et l’Angle- ‘4 terre, que la France fût la médiatrice des différends de l'Angleterre avec l'Espagne, et que même vous menaciez de faire la guerre pour l'Espagne, si ces différends n'étaient point ajustés; que vous n’aviez pas parlé de ces engagements pendant tout le cours de la négociation, et qu'il était surprenant que vous n'en fissiez mention qu'au moment où il s'agissait de prendre une résolution définitive, qu'il n'était pas difficile de connaitre par cet incident, par le délai de l'arrivée des propositions et par leur nature, que l'on voulait gagner du temps et forcer les Anglais à faire la paix par la crainte d’une nouvelle guerre, mais que S. M. Britannique ne se laisserait pas intimider; qu'il fallait finir; que la nature des opérations, ainsi qu'il vous l'avait mandé dans sa lettre du 8 avril, ne pouvait s'accorder avec la lenteur des négociations, et que l’on vous enverrait une dernière résolulion ou ultimatum ». Il ajouta « qu'à ce sujet, il avait à me faire une déclaration mais qu'il me priait de ne pas croire qu'elle fût l’eflet du succès dont la cour d'Angleterre avait recu la nouvelle la veille; que cette déclaration avait été arrêtée dans le conseil tenu le mardi 21 et unanimement adoptée, et qu'elle portait que le roi d'Angleterre ne souffrirait pas que les disputes de l'Espagne fussent mêlées dans la négociation de la paix de la France avec l'Angleterre, et qu’il serait regardé comme offensant pour la dignité de S.M. Britannique et incompatibleaveccette négociation que l’oninsistät sur cetarticle. »

Bussy se défendit de son mieux, sortit son mémoire et pria son interlocuteur d'en prendre connaissance. Pitt commença à parcourir le document tout en s’interrompant pour réfuter quelques-uns des arguments de Choi-

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