CHOISEUL DEMANDE A L'ESPAGNE DE SE DÉCLARER
l'abandon des alliés de la France proposé par l'Angleterre, tant par les articles en réponse au mémoire de la France que par la lettre de M. Pitt... Rien ne pourra déterminer le Roi à manquer à ses alliés et à s’écarter du plan concerté avec eux de ne rien stipuler relativement à l’Allemagne que de leur consentement.
« Le troisième point, moins essentiel que les deux autres, mais qui intéresse une partie des sujets du Roi, est l’article de la pêche dans le golfe Saint-Laurent. Le Roi ne peut renoncer à la liberté. de la pèche dans le golfe, à celle de la sècherie sur les côtes de Terre-Neuve et à un port quelconque pour servie d'abri aux bâtiments français employés à la pêche.
« Dans cette situation, et surtout relativement au premier article, le Roi est très impatient de connaitre les intentions du roi son cousin ; l’insulte éprouvée relativement au inémoire de l'Espagne demande un acte de ressentiment de la part de S. M. Catholique, sans quoi la cour de France serait {axée à la face de l’Europe de s'être avancée dans une démarche indiscrète et imprudente à une affirmative qui aurait l'air de la fausseté.
« Le temps de J’union des deux couronnes est arrivé; si S. M. Catholique est aussi touchée de l’orgueil et du despotisme à craindre de l'Angleterre que l'est le Roi, S. M. vous ordonne de dire à ce prince qu'elle regarde le traité et la convention comme conclus entre elle et le roi son cousin; qu'en conséquence, elle l'invite à lui confier quelles sont ses intentions relativement à la décla”ation de guerre contre l’Angleterre... Nous demandons à l'Espagne de se déclarer plus tôt que plus tard. Au moment de la déclaration, nous lui remettrons selon la convention, l’ile de Minorque et nous lui proposerons des arrangements relativement à la Louisiane. » Dans un billet (1) daté du 30 juillet, Choiseul envoie à Ossun
(1) Choiseul à Ossun, 30 juillet 1761. Affaires Étrangères,
copie du mémoire remis à l'ambassadeur espagnol et lui annonce la rupture inévitable : « Aïnsi, Monsieur, voilà la guerre qui va recommencer de nouveau et avec plus d’acharnement que jamais. »
Peu de jours après, pendant que Bussy et Pitt prolongeaient une discussion devenue aigre-douce, Choiseul et Grimaldi arrêtaient les termes définitifs du traité connu sous le nom de pacte de famille et de la convention spéciale relative à la coopération active de l'Espagne. Quoique les signatures n'aient été apposées que le 15 août, dès le 10 de ce mois, Choiseul (1) communiqua à Bussy le texte de l’article 2 qui était des plus explicites : « Deson côté, le roi Très Chrétien s'engage et promet au roi Catholique de comprendre dès à présent dans ses négociations de paix à Londres les intérêts de l'Espagne qui se traitent aussi actuellement à la Cour Britannique » ; la pièce énumère les trois chefs de réclamations de la cour de Madrid et continue : « En sorte que les affaires de la France et de l'Espagne soient parfaitement unies et marchent d’un vas égal dans le cours de la négociation; et S. M. Très Chrétienne s'engage à n’admettre aucune condition d’accommodement, et à ne point suspendre les hostitités contre l'Angleterre, jusqu’à ce que S. M. Cathoïique se déclare cohtente de la conclusion et du succès de ses intérèts particuliers. »
Aussitôt l'accord assuré avec l'Espagne, c’est À la cour de Vienne que Choiseul s'adresse (2) ; il s'agissait de confirmer les premières confidences faites à Starhemberg après l’arrivée du courrier de Londres, lesquelles, on se le rappelle, avaient été aussitôt transmises à Vienne ctavaient dissipé la mauvaise humeur de Kaunitz. La dépêche, à laquelle étaient annexées les copies des propositions an-
(1) Choiseul à Bussy, 10 août 1761.
(2) Choiseul à Chatelet, 3 août 1761. Affaires Etrangères.
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