‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 289 sur 332 · STARHEMBERG SUR LES TRAITES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

STARHEMBERG SUR LES TRAITES ESPAGNOLS

glaises et de la lettre de Bussy, ne fait que reproduire ce qui avait été dit à la Suède et à l'Espagne : « Nous regardons en conséquence notre négociation comme absolument rompue, et nous ne nous occupons que des moyens de continuer la guerre avec la plus grande vigueur, et de concert avec les puissances amies et alliées de la France; mais comme il est important pour nous que la Cour de Londres ne soit pas instruite actuellement de la résolution que le Roi a prise, nous entretiendrons encore pendant quelques semaines la négociation, afin de faire en sorte qu'elle soit rompue par l’Angleterre. C'est en conséquence que nous envoyons à L.ndres l'ultimatum ci-joint. Quelque désavantageux qu'il soit à la France, l'Angleterre ne l’acceptera pas: cependant, comme le Roi est dans l'intention de publier toute la suite de la négociation au moment de la rupture, nous avons cru ne pouvoir trop montrer le désir évident de S. M. pour la paix. Vous voudrez bien confier à M. le comte de Kaunitz les instructions du Roi sur ce sujet. »

Daus les communications envoyées à Kaunitz par l’entremise de Du Chatelet, aucune mention n'avait été faite du projet de traité avec la cour de Madrid; à ce sujet, si nous devons en croire Starhemberg, le secret aurait été admirablement gardé :: « Le duc de Choiseul m'a demandé, écrit-il le 5 août (1), si j'avais quelque connaissance du désir de la cour espagnole de constituer une grande alliance avec nous aussi bien qu'avec les cours d'ici, de Pologne, de Russie et de Suède. Je Ini ai répondu que Wall, il y a trois mois environ, avait fait quelques ouvertures en son nom personnel au comte de Rosemberg (2) », mais depuis, il n'avait entendu parler de rien. Choiseul se contenta d'observer que si l'Espagne

(1) Starhemberg à Kaunitz, 5 août 1761. Archives de Vienne. (2) Représentant de l'Autriche à Madrid.

LU

devait prendre part au conflit, il faudrait la convoquer au congrès d’Augsbourg. Quelques jours plus tard, Starhemberg (1), qui avait été mis en éveil par la conversation précédénte, interrogea adroitement le ministre français et apprit de lui, non sans surprise, que si le pacte de famille et la convention militaire n'étaient pas encore signés, les deux gouvernements étaient d'accord sur les points essentiels. Choiseul en fit le résumé et ajouta que c'était à la requête de l'Espagne que le silence sur la transaction avait été conservé vis-à-vis de l'Impératrice, réserve d'autant moins intelligible que les projets ne contenaient rien de préjudiciel pour les intérêts de cette princesse. Starhemberg, peu satisfait du mystère dont l'affaire avait été entourée et du refus d’une communication immédiate des pièces, termina l'entretien en rappelant les termes des traités entre la France et l'Autriche, qui obligeait les parties à s'entendre avant de contracter de nouveiles obligations. Bien décidé à savoir le fond des choses, il profita de la première occasion (2) pour revenir à la charge. Cette fois, Choiseul déclara, à Ja stupéfaction de l'ambassadeur, que les traités avaient été signés le matin même, mais qu'il ne pourrait lui faire connaître les textes qu'après le retour du courrier de Madrid, Starhemberg se plaignit amèrement de cette infraction apportée aux conventions. Pour l'apaiser, Choiseul se défendit de son mieux, puis, tout en exigeant le secret vis-à-vis de Grimaldi, lui lut le document presque en entier et le supplia d'empêcher sa cour de soulever un incident de procédure à propos d’un événement dont les conséquences ne pouvaient être qu'avantageuses pour la cause commune.

De cet ensemble de pièces et de faits, la conclusion est facile à tirer. Le 29 juillet au matin, Choiseul croyait

(1) Starhemberg à Kaunitz, 15 août 1761, Archives de Vienne. (2) Starhemberg à Kaunitz, 16 août 1761. Archives de Vienne.

Page 1