PORTRAIT DE PITT PAR BUSSY
tout le monde par la tyrannie de ses opinions. M. Pitt parait n'avoir d'autre ambition que d'élever sa nation au plus haut point de la gloire et d’abaisser la France au plus bas degré de l'humiliation. Voilà les fondements de l'idolâtrie du peuple pour lui. Dans le conseil, il a per d'umis; mais il ne s'y trouve personne ni assez fort ni assez hardi pour entreprendre de le déplacer, et il n'est possible de le renverser que par les revers que la nation pourrait éprouver par la continuation de la guerre avec la France et l'addition d'une nouvelle guerre avec l’'Espagne, causées par l’opiniâtreté de ce Ministre à refuser des conditions raisonnables à l4 France. Pour développer un peu plus le système de M. Pitt, je dirai qu'il parait consister à vous force” à faire avec l'Angleterre, non une paix solide et durable, mais une trêve mal assurée, qui nous empêche de réparer nos pertes et de remonter notre marine à aucun degré qui puisse causer le moindre ombrage à l'Angleterre. »
L'ultimatum que Bussy venait de transmettre fut l'objet, de la part des conseillers intimes de S. M. Britannique, de longues discussions dont la conclusion se traduisit par une pièce intitulée : « Réponse de la cour Britannique l'ultimatum de la cour de France remis le 10 d'août par M. de Bussy. » La comparaison sommaire des deux documents permettra de saisir Les points de dissentiment entre les gouvernements rivaux.
Sur le principe de la cession du Canada, du Cap Breton et des îles du golfe Saint-Laurent l'accord était complet, mais l'Angleterre repoussait le projet français de limitation entre la province conquise et la Louisiane, réclamait les grands lacs comme dépendant du Canada, et traçait la frontière d'après les cours des rivières Wabash, Ohio et Mississipi. Pour justifier leur prétention, les Anglais s'appuyaient sur une carte remise à Amherst, par le gouverneur Vaudreuil, quelques jours après la capitu-
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lation de Montréal (1). La profession publique et l'exercice
de la religion catholique ainsi que la liberté d'émigration / demandés par la cour de Versailles étaient acceptés, mais le délai pour la sortie des émigrants était réduit Je 18 inois à un an.
En ce qui concerne le droit de pêch®?, la cour de Londres faisait observer qu’elle n'avait jamais refusé le rétablissement du privilège dont la France jouissait en vertu de l'art. 13 du traité d’'Utrecht, mais qu'elle l'avait |: - rattaché à la démolition des fortifications de Dunkerque; « c’est donc à condition que la ville et le port de Dunkerque soient remis aux termes où ils devaient l'être par le dernier traité d’Aix-la-Chapelle que S. M. consentira à renouveler à la France, par le futur traité de paix, le privilège de pècher ct de sécher en vertu du traité d'Utrecht sur le dit district de Terre-Neuve ». En outre, on admettait les pêcheurs français dans le golfe Saint- Laurent, mais non sur les côtes appartenant à l'Angleterre, à l’excepticn, bien entendu, de la partie de Terre-Neuve qui leur était réservée. Pour servir de port d’abri, S. M. Britannique accordait l'ile de Saint-Pierre à la condition expresse que la France n’y élèverait aucune fortification et n'y entretiendrait aucune garnison, qu’elle en exclurait toute autre nationalité que la sienne, qu'un commissaire anglais résiderait dans l'ile et que le commandant de l’escadre britannique de Terre-Neuve pourrait « visiter de temps en temps ladite île et ledit port de Saint-Pierre ». La cession de Saint-Pierre avait été votée par le conseil malgré l'opposition de Pitt; elle répondait en grande mesure aux desiderata de l’ultimatum français "À qui visaient « l’île du Cap Breton, ou celle de Saint-Jean, ou tel autre port sans fortification dans le golfe ou à
(1; Vaudreuil protesta contre cette assertion. Vaudreuil à Choiseul, 39 octobre 1761. Annual Register, 1761. State papers.