PROTESTATIONS DE FRÉDÉRIC
l'aide qu’il prêterait à la Prusse, mais l'insertion d’une clause à cet effet dans le traité lui eût attiré les foudres d’un allié dont on connaissait la suceptibilité et qui venait d’en donner une preuve récente. Pitt, mécontent des résultats de la guerre d'Allemagne qui trainait en longueur, tout en coûtant fort cher, était beaucoup moins enclin que jadis à se plier aux exigences de Frédéric; il avait eu même la malencontreuse idée de sonder les ministres prussiens à Londres sur les sacrifices auxquels leur monarque pourrait se résigner dans l'intérêt de la paix. On peut se figurer la fureur du Roi : « Vous direz (1) au sieur Pitt que je ne me serais jamais imaginé qu'il aurait voulu vous tenir un pareil discours... que si je désirais la paix, il était tout à fait naturel que je la désirasse, que tout bon citoyen devait la désirer... mais que je la désirais bonne et honorable et non pas flétrissante ou humiliante et quoicue j'avais été dans bien des occasions malheureux, je ne manquerai pas de m'exposer au plus grand hasard et à la plus grande vicissitude de la fortune, avant de commettre une action dont j'aurai honte à penser. » Quelques jours plus tard, i! écrit une lettre personnelle (2) à Pitt : « Le roi d'Angleterre n'a qu’à choisir, ilen est le maitre; deux partis se présentent à lui : l’un, que dans la négociation de la paix, il ne pense qu'aux intérêts de l'Angleterre et oubiie ceux de ses alliés, l’autre, qu’en consultant ses engagements, sa bonne foi, et sa gloire, il joigne, aux soins qu’il prendra des intérêts de sa nation, celui de pourvoir au bien de ses alliés. S'il prend ie premier, je ne me ressouviendrai pas moins avec reconnaissance que la nation anglaise m'a généreusement assisté pendant cette guerre, quoiqu'il me sera douloureux de penser que j'ai fait des acquisitions étant l’allié de la France et que
(1) Frédéric à Knyphausen et Michel, Kunzendorf, 23 juin 1761. Corr. Pol., XX, 481.
(2) Frédéric à Pitt, Kunzendorf, 3 juillet 1761. Corr. Pol., XX, 507.
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l’étant de l'Angleterre, j'ai été dépouillé par mes ennemis. Si le Roi prend le second parti, j’ajouterai, aux obligations que je lui dois, une vive reconnaissance de sa religion et de sa bonne foi à remplir ses engagements et de sa persévérance à soutenir ses fidèles alliés. » Il est à peine besoin de dire que le cabinet de Londres avait répondu à cet appel, dont on ne saurait nier l’habile fierté, par les assurances les plus formelles.
Il n’est pas nécessaire d’insister sur les autres articles de la réplique anglaise. Les deux puissances étaient d'accord pour renvoyer à la décision des Compagnies la délimitation de leurs possessions aux Indes Orientales. Quant aux prises faites avant la déclaration de guerre, l'Angleterre s'en tenait à son refus de toute restitution et de toute indemnité. Elle prenait acte de la déclaration de la France relative à l'évacuation des places d'Ostende et de Nieuport.
La lettre de Pitt (1) à Stanley, qui accompagnait le resumé de la cour de Londres et lui servait de commentaire, était rédigée dans le style habituel de cet homme d'État : il y était question « des fortes concessions de l'Angleterre », des « soupçons trop justifiés sur la bonne foi de Ta France ». Pitt récapitulait avec un soin jaloux les varintions de Choïiseul, citait les paroles échappées à ce ministre dans les entretiens avec Stanley et s’en emparait pour appuyer sa thèse; oubliant les menaces dont sa propre correspondance était farcie, il rappelait celles de son adversaire et traitait « d’effronterie sans pareille » le projet de tracé des frontières de la Louisiane et du Canada. « Après une telle série d’agissemeuts, écrit-il, je ne vous cacherai pas que nous n’attendons d'autre résultat de nos offres quelque importantes et essentielles qu’elles soient, relatives à la faculté de
(1) Pitt à Stanley, 27 août 1761. Record Office.