DERNIERS ENTRETIENS DE STANLEY AVEC CHOISEUL
et en fait le résumé : Sur cinq points essentiels dont le rejet devait entrainer la rupture, on était d'accord sur deux; sur celui du droit de pêche et du port d’abri, on était à la veille de s'entendre. Restaient en suspens la question de l'évacuation complète des conquêtes françaises en Allemagne et celle de la faculté, pour chaque puissance, de remplir après la paix les engagements pris avec ses alliés. « En conséquence, conclut Stanley, quoique je sois fermement persuadé que la paix ne se fera pas dans l'occurrence présente, il me semble évident et man'feste que je ne suis pas autorisé à rentrer en Angleterre jusqu'à ce que vous me disiez quelle conduite je dois tenir au sujet des trois points non encore tranchés. » Au cours de la discussion, l’envoyé britannique avait observé un changement appréciable dans l'attitude de Choiseul : « Autant que je puis juger d’après des détails infimes, sa tenue et sa conduite, qu’elles fussent naturelles ou affectées, indiquaient plus d’indifférence au sujet de la paix qu'il n’en avait montré dans les entrevues précédentes. »
Dans sa récapitulation, Stanley ne mentionne pas les affaires espagnoles ; il n’y fait allusion que dans son récit détaillé des entretiens : « L'examen de la réponse à l’ultimatum francais achevé, le duc de Choiseul me dit qu’il persistait à revendiquer le droit qui appartenait à la France de parleret d'intervenir à propos des litiges qui pouvaient exister entre notre cour et celle de l'Espagne. Je répondis que ma cour maintenait qu'il n'avait aucur droit de la sorte, que toute tentative dans ce sens serait considérée comme une offense et une insulte à l'égard de S. M. Britannique. Si Choiseul présentait un mémoire et faisait une démarche officielle à l’appui de son dire, lui Stanley demanderait immédiatement ses passeports. Cette conversation qui m'a paru avoir été introduite uniquement pour prendre àcte qu'il (Choiseul) avait parlé de l'Espagne,
s’est terminée par ce mot de S. E. : « nous avons assez de disputes nous appartenant en propre, sans aborder celles des tiers. » Comme nous le verrons plus ‘loin, Choiseul donne à cet incident une physionomie différente. Dans une lettre particulière, Stanley fait part à Pitt de ses découvertes et de ses préoccupations à propos de l’action de l'Espagne : « J'aurais vivement souhaité que la cession de l’ile Saint-Pierre, si on l’envisage comme devant être accordée aujourd'hui, eût été consentie plus tôt. L'on m'a montré en secret un article rédigé entre la France et l' ipagne, dans lequel la première s'engage à soutenir les intérêts de celle-ci sur un pied d'égalité avec les siens dans la négociation pour la paix avec l'Angleterre. Je crois cette pièce très récente, car elle était communiquée à M. de Bussy dans une lettre datée du 10 août. IL avait ordre de ne pas signer la paix de suite... peutêtre dans le but de se dégager de l'Espagne avec plus de convenance. Je doute que cet article ait été signé ou qu'on fût absolument d'accord, mais il lui était prescrit de ne pas se mettre en contradiction avec son contenu... J'ai vu quelques lettres de M. de Bussy; il en sait plus qu’il ne devrait le faire... M. de Choiseul m'a dit en confidence que si d’autres points peuvent être arrangés, il croit qu'il pourra se dégager de l'Espagne et qu'il l’essaiera. Il m'a également dit dans l'intimité que, plus que n’importe qui en Angleterre ou en France, il avait depuis peu de temps intérêt à terminer l’alliance autrichienne. » Des confidences de l’homme privé, de la sincérité desquelles nous n’oserions pas nous porter garants, passons à l'exposé officiel de la politique suivie par le cabinet de Louis XV, tel que nous le relevons dans un mémoire de Choiseul (1), lu au conseil du 6 septembre : « Il aurait été imprudent de manquer l’occasion de terminer la négociation
(1) Mémoire pour le conseil du 6 septembre 1761. Affaires Étrangères.