EXPOSÉ DE CHOISEUL AU CONSEIL
d'Espagne, tandis que nous étions instruits de la mauvaise volonté personnelle pour la paix du ministre prépondérant en Angleterre, que nous avions sous les yeux la première réponse de l'Angleterre aux propositions avantageuses de la France, et que nous ne pouvions pas ignorer que la cour de Londres était déterminée à la continuation de la guerre, ou à forcer la France à une paix ignominieuse quant aux concessions et aux manques de fidélité exigés par rapport aux alliés; paix d’ailleurs qui n'aurait point été solide, et qui, sans rrocurer aucun soulagement au royaume, aurait anéanti tout système politique en France. D'un autre côté, il n'aurait pas été séant que la cour de Madrid püt croire que nous ne prenions d'intérêt à ses différends avec l'Angleterre que lorsque nous aurions été certains que notre négociation avec l'Angleterre ne pouvait pas réussir, et que nous n'avions d'autre parti à prendre que de l’engager dans notre querelle. Elle avait déjà marqué quelques soupçons sur cet objet, ce qui a engagé le duc de Choiseul de proposer au Roi de l’autoriser à signer le traité et la convention d'Espagne le 15 du mois d'août dernier, se réservant l'espérance que si l'Angleterre en suivant la raison ou par crainte de l'Espagne, se prêtait aux conditions acceptables qui lui étaient proposées, elle ne refuserait pas. de terminer en même temps les différends de bien moindre importance qu'elle aurait avec l’Espagne ; ou si l'Angleterre s’y refusait, l'on pourrait conjecturer avec vraisemblance que le roi d'Espagne et son ministère acquiesceraient à notre paix particulière et consentiraient à la nullité de l’article second de la convention.
« D'après ce système, la négociation de l'Espagne soit à Madrid, soit à Londres, devait être suivie ave beaucoup d'art pour remplir deux objets essentiels : Le premier afin qu’elle ne fût pas un motif de rupture à la négo-
ciation de paix de l'Angleterre avec la France; le second afin que si la paix n'avait pas lieu, l'Espagne devint une ressource à la continuation de la guerre.
« En conséquence, avant que d'entamer avec M. Stanley la discussion sur les articles envoyés par sa cour, le duc de Choiseul lui a déclaré que le Roi, persistant dans la réponse de M. de Bussy... se réservait, dans le cours de la négociation, la faculté de traiter les intérèts de l’Espagne selon le mémoire remis à Londres par ledit M. de Bussy et renvoyé par M. Pitt.
« M. de Stanley s’échauffa beaucoup sur cette déclaration; toutes les fois qu’il avança que sa cour ne souffrirait jamais une pareille union dans la négociation, le duc de Choiseul ne lui fit aucune reponse, mais lorsqu'il dit que cette union avait été arrêtée entre la France et l'Espagne depuis le commencement des négociations de la paix et que c'était une nouveauté contraire à la bonne foi, le duc de Choiseul lui repartit en invoquant les précédents du traité de garantie signé à Fontainebleau en 1743, de l'offre de médiation formulée par le roi d'Espegne dans sa lettre de Saragosse en 1759 et rappelée lors des pourparlers de la Haye en 1760. Au surplus, il n’admettrait pas l'accusation de mauvaise foi imputée à la France, quand bien même elle aurait pris quelques engagements plus directs avec l'Espagne depuis le commencement de la négociation d'Angleterre; il serait étonnant que la cour de Londres osât mettre de la délicatesse dans les dates. » A l'accusation de Stanley, il opposait les agissements de l'Angleterre qui avait retardé sa réponse définitive sur lui possidetis jusqu'à la prise de Belleisle, « ce qui mérite une imputation de mauvaise foi plus réelle qu'une négociation qui ne concourrait qu'à l'établissement d'une paix générale et solide ».
« Le lendemain, M. de Stanley commença la conférence