‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 332 · LE BIVOUAC DE PFAFFENDORF · texte numérisé non relu

LE BIVOUAC DE PFAFFENDORF

fit reprendre une partie de ses moyens et raconter son histoire.

Il savait, disait-il, que Daun attaquerait le lendemain matin et il avait eu connaissance du plan communiqué aux généraux ; il décrivit, avec quelque apparence de vraisemblance, les manœuvres que devaient exécuter l’armée principale de Daun et le corps de Lasey ; interrogé sur le rôle alloué à Laudon, il déclara l’ignorer parce que celui-ci ne s'était pas rendu au quartier général et avait recu ses instructions par écrit. Frédéric remonta à cheval et, accompagné du déserteur, fit une nouvelle reconnaissance, à la suite de laquelle il maintint sans modification les dispositions déjà arrêtées. Dès la tombée de la nuit, l'armée prussienne s’ébranla et défila par la ville de Liegnitz pour gagner le plateau de Pfaffendorf; toutes les mesures avaient été prises pour tromper les Autrichiens ; les grand'gardes furent laissées en place le plus longtemps possible, les feux restèrent allumés et les factionnaires échangèrent, jusqu’au dernier moment, leurs cris d'alerte.

Malgré toutes les précautions, l'installation de l’armée royale sur la position choisie, ne s’effectua pas sans quelque désordre qu'accrurent des changements apportés, à la onzième heure, par Frédéric à ses formations. Les régiments des deux lignes s’enchevêtrèrent et il fallut exécuter dans l'obscurité des contre-marches et des chassés-croisés qui, fort heureusement pour les Prussiens, ne furent troublés par aucun ennemi ; on finit par se ranger tant bien que mal sur les emplacements désignés. Les troupes étaient divisées en deux fractions : l’aile droite, sous les ordres du général Zieten, avait pour mission de surveiller l’armée d? Daun, dont on voyait Les feux sur la rive droite de la Katzbach; Zieten aligné parallèlement à cette rivière commandait le passage du Schwarz-Wasser; il avait avec lui 17 bataillons et #8 escadrons. L'’aile gauche, forte de 19 bataillons et de 30 escadrons, sous le com-

mandement direct du Roi, s'allongeait sur les pentes plus éloignées de Pfaffendorf et s'étendait au delà du Rehberg jusqu'à la hauteur de Bienowitz; elle laissait, sur son flanc droit, inoccupés ce village et celui de Panten. Aussitôt qu'il ferait jour, le général Schenckendorf, avec sa brigade de 5 bataillons, devait prendre possession du village de Pohlschildern et pousser des reconnaissances dans la direction de Parchwitz; pour le moment, on se borna à envoyer quelques hussards explorer les environs. En attendant la fin de la nuit, les soldats prussiens se couchèrent à côté de leurs armes et de leurs chevaux. Frédéric, roulé dans son manteau, sommeillait près d'un feu de bivouac, quand survint le maior de Hundt, de retour d’une découverte et demandant à parler au Roi. Schenckendorf alla au-devant de l'officier et le conduisit auprès du monarque ; au même moment, Frédéric, encore à moitié endormi, s’écria « Qu'est-ce qu'il y a? » Hundt de répondre : « Votre Majesté, l'ennemi est là, » Et comme Frédéric semblait douter, il continua : « Votre Majesté, que le Diable m’'emporte, si l'ennemi n’est pas là; je suis tombé sur son infanterie et j'ai été à vingt-quatre pas d’elle, il a refoulé toutes mes vedettes, etest à peine à quatre cents pas d'ici. — Tenezlui tête aussi longtemps que vous pourrez, ordonna le Roi, et amenez-moi mon cheval. »

Hundt ne s'était pas trompé, c'était bien un corps ennemi, celui de Laudon, dont il venait de heurter les têtes de colonnes. Daun, comme l'avait annoncé le déserteur, s'était enfin décidé à engager la grande action depuis longtemps promise. Les sollicitations de son entourage, la mise en demeure renouvelée du maréchal Soltikoff avaient été confirmées par une invitation pressante de la cour de Vienne. Une dépêche du cabinet (1) en date du

(1) Cabinets Schreiben, Vienne, 10 août 1760. Archives de Vienne.

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