‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 332 · PLAN D'ATTAQUE DE DAUN · texte numérisé non relu

PLAN D'ATTAQUE DE DAUN

10 août contenait ce passage sur le sens duquel il ne pouvait y avoir d'équivoque : « Je vous donne l'ordre catégorique non seulement de ne laisser échapper aucune occasion de livrer une bataille, quand même les avantages des deux côtés ne seraient qu'égaux dans ia balance, mais de la rechercher de toutes les façons praticables. Si l'ennemi évite la rencontre ou la rend impossible, je vous ordonne de poursuivre avec le plus d'énergie possible les opérations offensives de toute autre manière et de faciliter aussi la jonction de l’armée impériale russe. » Ces instructions qui durent parvenir au quartier général le 13 août n’admettaient pas la discussion, aussi Daun avait-il fixé au 15 l'effort combiné qui devait aboutir à l’anéantissement de l’armée prussienne. Le corps principal, sous sa propre direction, franchirait pendant la nuit la Katzbach et aborderait de front les villages de Schmochwitz et de Schemmelwitz, que les forces royales occupaient le 14 et où on les supposait encore. Lascy, qui était campé à Prausnitz, passerait également la rivière, contournerait les lignes prussiennes, en marchant par Rothkirch et Wohlhau, déboucherait sur le Schwarz-Wasser en amont de Liegnitz et prendrait ainsi l'ennemi à revers. Enfin, Laudon partirait de Koischwitz, où il avait séjourné le 1#, traverserait la Katzhach entre Panten et Bienowitz, se rendrait maitre des pentes au-dessus de Pfaffendorf et intercepterait la route de Glogau et celle de Breslau. Postée dans une position médiocre, cernée de tous les côtés, la faible armée royale serait écrasée par les masses autrichiennes qui lui tomberaient dessus.

Cette attaque concentrique, bien imaginée pour faire profiter l'assaillant de la supériorité du nombre, avait le défaut inhérent à toute combinaison de ce genre. Pour être efficace, l'effort devrait être simultané; étant donnés les points de départ différents, les parcours inégaux, les lenteurs d’une marche de nuit, était-il prudent, était-il

même possible de compter sur la précision d'exécution indispensable pour le succès?

Laudon, tout au moins, s'était acquitté avec conscience du rôle qui lui avait été alloué. Le corps qu'il commandait n'était pas au complet; il avait dû détacher sur Parchwitz le général Nauendorf avec 5.000 hommes pour donner la main aux Russes de Czernitchew et le 14, avant d'entreprendre le mouvement tournant qui lui était confié: il avait renforcé l'armée de Daun (1) de 8 bataillons et de 2 régiments de cavalerie sous les ordres de Wolfersdorf, Avec un effectif ainsi réduit, qu'on peut évaluer à 25.000 combattants (2), Laudon s’ébranla à la tombée de la nuit et gagna, par le village de Kanitz, les bords de la Katzbach; la rivière fut franchie aux environs de la Furthmüdhle et les colonnes, aussitôt reconstituées, s’engagèrent dans le pli de terrain qui se dérouleentre les villages de Panten et Bienowitz. Très ardent de tempérament, Laudon était, dans la circonstance, stimulé par l'espoir de surprendre le convoi royal qu'on lui avait signalé comme remisé à Hummel, sous la garde d’une faible escorte de l'i:3sards et de quelques fantassins. Aussi se préoccupa-t-il peu de rétablir l’ordre que le passage nocturne de la Katzhbach avait nécessairement troublé et s'élançat-il en avant sans avant-garde et sans faire serrer sur la tête les queues qui s'étaient allongées outre mesure. L'escarmouche avec les hussards de Hundt ne fut pas un avertissement; il les prit pour les cavaliers de l’escorte des bagages et ne fit que hâter davantage la marche.

(1) Rapport de Laudon à Daun, Gross-Rosen, 17 août 1760.

(2) Les récits prussiens donnent à Laudon un effectif de 35.000 hommes, tandis que lui-même s'attribue 15.000 combattants et c'est également ce chiffre dont parle Montazet. Il nous a paru beaucomp trop faible et ne cadre pas avec une perte qui a dû s'élever à près de 7.000. Par contre les historiens prussiens ne semblent pas avoir tenu cempte des détachements de Nauendorf et de Wolfersdorf.

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