CONVENTION SECRÈTE ENTRE LA FRANCE ET L'ESPAGNE
deux couronnes auprès des cours étrangères, et réglaient la question de leur préséance,
Cette courte analyse suffira à démontrer jusqu’à quel point les négociateurs, Choiseul et Grimaldi, obéissant d’ailleurs aux désirs de leurs souverains respectifs, avaient poussé la note d'intimité et de cordialité qui présiderait à l'alliance.
Au pacte de famille était jointe la convention secrète (1) qui portait la même date du 15 août. Les deux premiers articles reproduisaient les propositions que Choiseul avait faites au commencement de juillet, et d'après lesquelles l'Espagne s’engagerait à déclarer la guerre le 1° mai 1762, si la paix n'était pas conclue avant cette date; en échange de ce concours éventuel, la France incorporait dès à présent les griefs espagnols dans les conditions à négocier avec l'Angleterre et s'engageait à unir ses affaires « à celles de l'Espagne, de telle façon que S. M. Très Chrétienne n’admettra aucun accommodement ni ne suspendra la guerre sans que le roi Catholique se déclare content de l'issue et de la conclusion des siennes ». Les troisième et quatrième articles contenaient les obligations habituelles pour la guerre ou pour la paix. L'article 5 stipulait la remise en dépôt de l'ile Minorque et sa cession ultérieure « à l'Espagne, si Dieu bénissait les armes combinées de façon qu’elles ne fussent point obligées à la restituer ». Par l’article 6, les contractants affirmaient leur intention d’amener,mèême par la force, le Portugal à épouser leur cause. Rien à relever dans les autres clauses, sinon la mise en vigueur de la convention dans le cas où les hostilités éclateraient entre l’Angleterre et l'Espagne avant le 1° mai 1762 et la promesse d’une indemnité à l’infant Don Philippe en échange du Plaisantin. Les deux traités
(1) Traduction littérale de la convention secrète du 15 août 1761. Affaires Étrangères.
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avaient été définitivement ratifiés au cours de septembre. 4 Une des grandes préoccupations des deux puissances
éiait l’arrivée en sûreté de la flottille des Indes qui appor- A tait au trésor espagnol le gros appoint des contributions a d'Amérique. Les tinances françaises y étaient également : 5
intéressées, car Ossun négociait, depuis quelque temps, avec le ministre Squillacci, un emprunt dont le montant dépendrait de l'importance des espèces à recevoir. Enfin, l'ambassadeur put annoncer {1) l’heureuse entrée à Cadix des vaisseaux attendus; malheureusement, ils n'avaient à bord que 10 millions de piastres, dont 2.100.000 pour le
compte du Roi. Ossrn ne se décourage pas. « 11 v a un
argent immense en Espagne (2) que la méfiance et l'ignorance retiennent enfoui. »
Peu de jours après la ratification des traités, malgré la concession à laquelle Grimaldi, au nom de sa cour, s'était prêté avec beaucoup d’obligeance, ies négociations pacifiques avaient été définitivement rompues (3) et il n’exis- fl tait plus de raison pour que l'Espagne ne fit pas sa déclaration de guerre. Choiseul invita Ossun (4) à agir dans 4} ce sens; car de nouveaux retards produiraient un mau- à vais effet sur l'opinion publique. Il s’en fallut de peu que cette rupture, que la France désirait mais que l'Espagne 1 cherchait à ajourrer, ne fût provoquée par l'Angleterre.
Aussitôt la décision prise par le cabinet de Saint-James au sujet de l’immixtion de la France dans le litige espagnol, Pitt en avait informé (5) son envoyé à Madrid. Bristol avait reçu ordre de mettre sous les yeux de Wall le mémoire français ainsi que la réponse de la cour de Lon-
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(1) Ossun à Choiseul, 17 septembre 1761. Affaires itrangères. (2) Ossun à Choiseul, 21 septembre 1761. Affaires Etrangères. (3) Choiseul à Ossun, 22 septembre 1761. Affaires Étrangères. (4) Choiseul à Ossun, 29 septembre 1761. Affaires Etrangères. (3) Pitt à Bristol, 28 juillet 1761. Papiers sur la rupture avec l'Espagne, Londres 1762.