PROMPTE FORMATION DES PRUSSIENS
Ce ne fut qu’en abordant la ligne prussienne qui commençait à se former et en essuyant son feu qu'il se rendit compte de la situation. En résumé, la rencontre entre Frédéric et Laudon n'avait été prévue ni de l’un ni de l’autre et ils furent tout aussi surpris l'un et l’autre de se trouver en présence, Le Roi le reconnut avec loyauté dans une conversation qu'il eut avec Mitchell (1) le lendemain ou le surlendemain de la bataille. Voici en quels termes il s'exprima : « Après quelques réflexions ‘excellentes sur l’imperfection de la prévoyance humaine, il ajouta : Vous voyez comme j'ai travaillé bien inutilement pour provoquer l'événement qui vient de se produire par l'effet du hasard et qui peut être du plus grand secours pour mes affaires. »
Pour le combat inattendu qui allait s'engager, les Prussiens furent admirablement servis par leurs habitudes de discipline et par leurs qualités manœuvrières; elles leur permirent de prendre leurs formations beaucoup plus rapidement que leurs adversaires; d'autre part, la bonne étoile de Frédéric voulut qu'il fût présent au point d’attaque et qu'il pût, sans un moment de retard, donner les premiers ordres et en surveiller personnellement l’exécution. Tout d’abord il se servit de sou artillerie de réserve qui accompagnait les brigades d'infanterie, pour installer une batterie de 10 pièces de 12 sur le Rehberg, l’une des buttes dont nous avons parlé plus haut, et commanda au général Schenckendorf de s’y poster avec 2 bataillons de sa brigade pour protéger les canons. La manœuvre fut promptement achevée, mais l'ennemi était si proche que le feu de l'artillerie ouvrit en même temps que celui de l’infanterie affectée à sa garde. Les têtes de colonnes des Autrichiens, après un instant d’hésitation, avaient continué leur marche en avant. Laudon avait deviné à la vue des
(1) Mitchell à Newcastle, Neumarkt, 18 août 1760. Newcastle Papers.
bataillons royaux que laissait découvrir le jour naissant, et à l'intensité de la mousqueterie, qu’il avait affaire à une forte division sinon au corps principal des Prussiens, mais il préféra l'offensive à une retraite que la proximité des combattants eût rendue fort délicate. Il croyait d’ailleurs pouvoir compter sur l'appui du reste de l’armée autrichienne, conformément au programme dont il remplissait sa part. Pour enfoncer les lignes qui commençaient à se disposer à droite’ et à gauche de la batterie centrale du Roi, Laudon s’efforçca de déployer ses troupes, mais le rapprochement et la profondeur des colonnes ne lui permirent pas d'aligner un front de plus de 5 bataillons à opposer aux 15 bataillons royaux. Bülow avec 5 bataillons, Wedell avec 8 bataillons s'étaient établis le premier à gauche, le second à droite du Rehberg. En mème temps que ces mouvements préparatoires, sur la gauche prussienne entre la butte et le village de Schünborn avait lieu un engagement d’abord heureux pour les Autrichiens. Le gros de la cavalerie de Leudon avait franchi la Katzbach en aval de Bienowitz et poussé au delà de ce village? Grâce aux accidents d’un terrain très coupé et à la demi-obscurité de l’heure matinale, elle tourna, sans être signalée, l'extrème gauche de l’armée royale, culbuta les dragons de Krochow, entama le flanc gauche de l'infanterie de Bülow et mit le désordre dans ses bataillons à peine rangés. C'est sans doute à ce moment qu'une partie des 72 pièces dont parle la dépèche de Laudon tomba en son pouvoir, mais si succès il y eut, il ne fut qu'éphémère. Les fantassins prussiens se ressaisirent et, appuyés par 3 régiments de cuirassiers, refoulèrent la cavalerie impériale qui fut contrainte de se réfugier dans les abords marécageux de Pohlschildern. Ainsi dégagé, Bülow F "ta en avant sa brigade, derrière laquelle, au retour de leur charge, vinrent se poster les cuirassiers royaux.
Pendant que se livrait ce combat, la droite prussienne faisait vis-à-vis au village de Panten, mais par suite du
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